Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 00:28

INCROYABLE : une proposition de loi vient d'être lancée à l’Assemblée Nationale qui va probablement créer la polémique. Suivant le principe de création de la taxe carbone – qui n’a toujours pas été agréée en France -, deux députés appartenant à des partis opposés et venant chacun d’un coin différent du pays viennent d’émettre l’idée d’imposer les habitants dès leur majorité par rapport à leur consommation de nourritures à haut degré de décomposition gazeuse.

La nouvelle semble à peine possible, mais en cette période de crise financière où les gouvernements d’Europe peinent à joindre les deux bouts, elle n’a rien de particulièrement étonnant. Mercredi, dans les sièges du Palais Bourbon, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Deux députés, Mme Soulet (DVD, Toulouse 1) et M. Hie (PS, Concarneau) ont pris successivement la parole pour proposer à leurs collègues de tous bords la création d’une nouvelle taxe frappant le monde alimentaire.

Mais ici, pas de TVA envers les vendeurs, les producteurs, non : uniquement les consommateurs. Et des consommateurs de denrées très particulières, puisqu’il s’agit des aliments censés provoquer chez l’homme qui les ingère cet effet assez peu gracieux que sont les flatulences, autrement dit les pets. Selon ces deux députés, dont l’initiative a été largement commentée par la suite, plusieurs effets climatologiques désastreux, tels l’effet de serre, ou le trou de la couche d’ozone, pourraient être provoqués, ou du moins aggravés, par les vesses de leurs concitoyens. Il convient donc de faire payer les amateurs abusifs de soupe à l’oignon ou de tartiflette pour freiner leur consommation, ou du moins compenser financièrement les dégâts provoqués par leur inconscience. La proposition a été à juste titre surnommée « Taxe méthane ».

« Nous ne nions pas le fait qu’en France, nous mangeons bien, et même fort bien. Les dernières statistiques ont démontré que nous restions l’un des pays d’Europe où la population est la moins obèse, ce qui prouve un attachement durable à nos traditions culinaires. Cependant, l’abus de légumineuses, comme les fabacées, apporte son lot de désagréments, et pas des moindres, a commencé Karine Soulet. Une consommation régulière – et même pas en quantité excessive - d’aliments tels les oignons, les haricots secs, les pois cassés, ou la viande rouge, équivaut pour un homme moyen à la création quotidienne de 2 litres de méthane sulfuré ! Contrairement à ce que semblent penser les grands réalisateurs américains, ce n’est pas une météorite, mais le météorisme qui risque de provoquer notre fin du monde si nous n’y prenons garde ! »

« La Bretagne, dont je suis l’un des représentants, n’est pas peu responsable du vent mauvais qui souffle sur la France, renchérit Gilles Hie. La culture intensive du chou-fleur cause à elle seule un bon dixième des émanations produite par les Français, friands de ce légume depuis plusieurs siècles, et qui cherchent depuis par tous les moyens, épices, sauces et autres condiments, à en améliorer la saveur sans chercher à en atténuer les effets dévastateurs. Mais la chose est la même dans les autres régions. Et quand des milliers de spectateurs rient encore en regardant à la télévision « La Soupe aux Choux », personnellement, je frémis face à leur ignorance ! Pensez à ceux qui seraient tentés d’imiter les deux acteurs ! Ont-ils idée du mal qu’ils provoquent dans notre environnement ? »

La nouvelle a évidemment été suivie d’un débat où l’on a assisté, surprise à cette époque suivant de près les élections cantonales et leurs résultats, à une unanimité quasi-générale entre partis politiques : mesdames et messieurs les députés ont presque tous accepté de lancer, à l’automne prochain, un vote pour la récupération de cette manne inattendue.

Rares ont été les protestations ; elles sont d’autant plus remarquables. Michel Gigot, député UMP de Lacq (64), nous a déclaré : « Je m’insurge contre le comportement puant des gens qui siègent à mes côtés ! Avec la hausse inexorable du prix des hydrocarbures, il serait sage, et même obligatoire, de laisser les Français profiter des bénéfices gratuits de leur propre gaz naturel. » Gabriel Chevrier, député PS de Brétigny-sur-Orge (91), n’est pas moins d’accord : « Taxer le peuple pour tout sauf pour ça ! Après, mes collègues s’étonneront de voir le vent tourner aux prochaines présidentielles ! Croyez-moi : quand on en vient à vouloir faire payer les gens au volume de leurs gaz, je m’inquiète pour l’avenir ! Ca sent mauvais, tout ça ! » Quand à Hervé Fornieri, député NC de Nice (Alpes-Maritimes) et grand spécialiste du yaourt, il ne cache pas sa colère : « Pffft ! Ben, mon colon, quelle proposition de merde ! Hors de question de me laisser asphyxier par ses relents de dictature ! Je ferai tout pour la contrer ! »

Interrogé par Jacques Flache, reporter de l’APT (Agence de Presse Territoriale), le docteur Lambert, co-directeur des laboratoires Lambert et Bhuttag, plusieurs fois cité dans les discours respectifs des deux députés, a confirmé les inquiétudes de ces derniers :

« Il est notable que la couche d’ozone est dramatiquement atteinte un peu partout dans le monde, mais la France se retrouve dans une situation préoccupante vis-à-vis de son alimentation. Le nombre de gaz lâchés par jour et par habitant est absolument terrifiant. Et curieusement, malgré l’arrivée en masse sur le marché des nourritures dites « fast-food », ce sont les traditions alimentaires séculaires qui entraînent les plus gros rejets de méthane humain dans l’atmosphère. En d’autres termes, sur un plan strictement écologique, et si vous me permettez cette expression, il vaut mieux manger un hamburger et sentir de la bouche que de se régaler d’un plat de lentilles du Puy et sentir du derrière. »

Pour sa part, tenu au courant de la chose, l’Elysée a fait savoir, par un communiqué spécial, que tant qu’on ne cherchait pas à taxer les Français qui pètent plus haut que leur cul et ceux de ses amis qui pètent dans la soie, il ne soufflerait ni le chaud ni le froid.

Quoiqu’il en soit, si d’aventure la proposition est retenue, le vote n’aura pas lieu avant quelques mois. Un délai qui pourrait être lourd de conséquences, car l’idée est de celles qui s’oublient aussi vite que va un pet sur une toile cirée. Les partisans pensent qu’il eut fallu attendre le bon moment pour lâcher pareille information, ou bien s’abstenir d’en faire des caisses. Et pour citer ses détracteurs : « Mme K.Soulet de Toulouse et M. Gilles Hie d’Concarneau auraient du se concerter sur la date avant de chercher à se faire un nom avec une loi qui ne vaut pas un pet de lapin. »

Par Sylvain Larue
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Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 16:47

On était aux Angles, une station de sports d’hiver des Pyrénées quand la nouvelle vint. Gainsbourg avait fumé sa dernière Gitane. On était le 02 mars 1991. C’était une période de merde, et ce décès, bien qu’il m’ait marqué, était le cadet de mes soucis.

En grandissant, sans devenir LE fan de son œuvre, je dois dire que les textes du provocateur ne me laissent pas insensibles. Un poète misogyne qui aimait les femmes. Le paradoxe me plaît.

Or, ayant zappé vendredi soir sur la cérémonie des César, j’ai pu assister à la victoire d’Eric Elmosnino, récompensé d’une de ces abominables statuettes pour son rôle dans le conte-biopic de Joann Sfar. Vu qu’aujourd’hui, on commémore les vingt ans de la disparition de l’homme à la tête de chou, et que je suis curieux de nature, je me suis empressé d’acquérir le dit film afin d’y découvrir le talent de l’acteur. Excellente initiative. Elmosnino est plus que bluffant.

Mais ce que je retiendrai de ce film, ce sont ses interprètes féminines. Je ne sais pas qui s’est chargé du casting, mais c’est une personne de goût… et quel goût ! Ah, je comprends mieux la durée de mon célibat : je suis visiblement de plus en plus exigeant et espère au fond de moi trouver un jour l’artiste belle comme le jour à qui je manquais jusqu’alors. L’élue se trouverait-elle dans le duo de tête ? LOL ! Ne soyons point trop arrogant ! Comme d’habitude, mon goût des listes va me perdre… Alors, dans l’ordre de mes préférences, sont nommées :

8. Sara Forestier, alias France Gall : très charmante, mignonne comme l’adolescente qu’elle est censée jouer. Blondinette dans le film, d’où en bas de liste, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas agréable à regarder, je parle toujours de mes goûts personnels, rien de plus. Excellente comédienne aussi, césarisée cette même soirée mais pour un autre rôle.

7. Mylène Jampanoï, alias Caroline « Bambou » Von Paulus : n’étant pas fou du charme asiatique, je dois quand même reconnaître que la métisse est belle, et digne d’être matée, même si elle ne s’appelle pas Mélissa.

6. Anna Mouglalis, alias Juliette Gréco : fort belle femme, avec sa voix rauque, elle incarne à merveille la muse de l’existentialisme. Pour constater la ressemblance, se référer à l’excellent Belphégor…

5. Lucy Gordon, alias Jane Birkin : Le charme d’outre-Manche joue toujours, c’est une certitude. En bottes hautes et mini-jupe, aaaah… Bien entendu, le côté femme-garçon au niveau des formes me botte assez peu, mais doit-on se limiter à des rondeurs pour apprécier une femme ? Sûrement pas. Au passage, pensée émue envers cette charmante Lucy qui aurait pu certainement encore faire merveille au cinéma pendant des années. Trop faible et sensible pour ce monde, elle a choisi de le quitter deux jours avant ses 29 ans.

4. Ophélia Kolb, alias le modèle : c’est la première apparition féminine digne de ce nom dans le film…  Puisque nue dès sa première image. Un plaisir à contempler, modèle des classes adultes, objet des intérêts du jeune Lucien/Serge qui, désirant la croquer sur papier, n’hésite pas à aller la « draguer » malgré qu’il n’ait que treize ans. Un amoureux précoce, un amateur du beau féminin, notre poète/artiste peintre. Qui l’en blâmerait ?

3. Laëtitia Casta, alias Brigitte Bardot : prendre un sex-symbol pour jouer un autre sex-symbol, quoi de plus naturel ? La top-model la mieux gaulée qui soit, (petite et joliment formée, contrairement aux crayons à cheveux qu’on voit habituellement sur les podiums de grands couturiers), union réussie de la Normandie et de la Corse… Pas à dire, elle se débrouille bien, la BB du XXIe siècle. Et la blondeur lui convient, ce qui est curieux !!! Allez, elle nous donnerait presque envie de sauver un bébé phoque.

2. Caroline Tillette, alias la fille en rouge : apparition très courte pour cette brune aux yeux bleus. Un rêve pour mon esprit… On apprécierait d’être Gainsbourg rien que pour la faire chanter… et encore, vu le regard qu’elle lance à Elmosnino après avoir entendu « Le poinçonneur des Lilas » interprété par Les Frères Jacques, on se doute qu’elle n’a pas l’intention uniquement de lui montrer ses talents vocaux…

1. Deborah Grall, alias Elisabeth Levizky : la première femme de Gainsbourg n’était pas un personnage qui m’était familier. L’actrice qui l’incarne non plus. J’ignorais tout d’elle. Même sa prestigieuse filiation (elle est la petite-fille du fabuleux Philippe Noiret). Je regrette une fois encore de découvrir aussi tard une femme pareille. Elle n’a pas le visage le plus doux de la création, mais… en la voyant débarquer avec sa voilette noire dans le piano-bar, elle donne une envie irrésistible de soulever le fin tissu qui couvre son visage, afin de l’embrasser. Enfin, cela a été mon cas.

Amateurs de la gent féminine, osez le spectacle. Outre le fait qu’il s’agisse d’un très bon film – et je braise mes veaux -, normalement, vous devriez à coup sûr demeurer rêveur face à tel ou tel autre minois qui parcourt ses scènes. Enjoy. Moi, pour ma part, je vais essayer de faire craquer l’un des objets de ma convoitise en lui chantant du Gainsbourg. Il faut savoir varier ses plaisirs musicaux.

Par Sylvain Larue
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Dimanche 6 février 2011 7 06 /02 /Fév /2011 20:53

Aujourd’hui, je me suis coupé les cheveux.

Ca peut paraître anodin à première vue, mais je n’avais pas mis les pieds chez un coiffeur depuis août dernier, et je n’avais pas utilisé ma tondeuse depuis… dix ou onze mois, je dirais.

Jusqu’à hier, mes cheveux me tombaient assez bas sur la nuque, presque jusqu’aux épaules, ils étaient teints en vert (même si les racines étaient redevenues excessivement visibles) et… franchement, j’en étais assez content.

Bon, forcément, cela n’avait rien de parfait. Ayant gardé ma tête au minimum capillaire existant (plus ras, y’avait que les skins) pendant presque quatorze ans, l’allure générale partait dans tous les sens, en donnant un style un peu trop négligé (et ça encore, je m’en fous). Ce qui est plus grave, à terme, c'est que les cheveux, bien que doux, n’étaient plus très beaux à regarder, et ils se donnaient un look de botte de paille, faute de connaître la façon adéquate de les entretenir. Avantage certain de la boule à zéro : au moins, quand on n’a pas trop de poils sur le caillou, un coup d’éponge, un zeste de Cif, et hop, ça brille et on est content.

Là, j’ai remis la tondeuse en état, sabot 18 mm, ce qui est plus long qu’avant (je tournais au 3 mm avant) mais qui fait un énorme contraste avec ma chevelure d’hier. Un choc même ! Qui est ce gars dans le miroir ? Je ne le reconnais guère !

Suis-je satisfait du résultat ? Ma réponse est mitigée. J’apprécie le changement. C’est un fait. On peut penser le contraire de moi, se dire que je ne change pas beaucoup. C’est un manque d’observation : c'est juste que mes évolutions sont souvent brutales et directes, sans passer par une série de touches progressives et régulières. Devant ce reflet aux poils courts, je reste perplexe. Points positifs : cela ne m’enlaidit pas outre mesure, et ca ne peut que fortifier la repousse. Car oui, je vais les laisser pousser à nouveau, et cette fois, sans leur infliger de décoloration/coloration qui ne leur fait pas de bien, du moins pas dans l’immédiat. On verra le résultat dans six mois et plus…

Mais alors, pourquoi ne suis-je pas ravi ?

Je me souviens d’une vieille nouvelle authentique, lue dans un livre d'histoires extraordinaires signées Bellemare, qui racontait le suicide d’un jeune homme à la fin des années 60. Le garçon, grand adolescent, a été poussé à sacrifier sa chevelure car un professeur l’avait interdit de cours s’il s’obstinait à garder ce look (je ne me rappelle plus exactement les circonstances, à dire vrai). Coiffeur, tondeuse, rasoir : voilà un jeune homme tout neuf et sentant bon le shampooing qui sort de chez le capilliculteur. On ne peut se le représenter, mais la modification a été si radicale pour ce gars que sa sensibilité n’apas tenu le coup. Il s’est immolé par le feu dans la cour de son lycée quelques heures plus tard.

Bon, je vous rassure, bien que sensible, je n’irais pas jusqu’à me brûler vif pour le souvenir de ma tignasse perdue. Mais un goût d’amertume me reste dans la gorge, comme une preuve de bêtise de ma part, une négation de ce que je suis au fond de moi.

D’une part, les cheveux longs (enfin, un peu longs, je n’ai pas eu la coiffure de Dédo), c’était un essai parfaitement inédit pour moi. Une douce amie dont le contact me manque cruellement m’avait posé la question à ce sujet voici bien deux ans et demi, elle qui appréciait  - et apprécie toujours, je suppose - les crinières des guerriers du Valhalla. A l’époque, j’avais rejeté l’idée de me laisser pousser la tignasse, craignant de ne réussir à me faire qu'un look banal de hardos pur jus, avec ventre Kronenbourg et tout de noir vêtu. J'avais aussi évoqué je ne sais quelle raison stupide de démangeaisons crâniennes pour mettre un terme au sujet... Imbécile que je suis.

Ceci étant, l’année 2010 fut propice aux changements, aux rages et aux tempêtes. Au rang des transformations physiques personnelles, la question du poil sur le chef fut abordée. Petit à petit… Je suis passé de l’état de teckel à poil ras à celui de bobtail. Si on ajoute la couleur violette de plus en plus présente dans ma garde-robe, plus les essais d’éliminations lipidiques, le résultat fut on ne peut plus réjouissant. Méconnaissable (et encore, ce n’est pas fini).

Mais hier, à deux reprises, il a fallu que je prête l’oreille à des filles qui m’ont conseillé de couper mes tifs. Et alors que j’aimerais me dire que cette décision de raser dans le vif n’est que l’expression de ma seule volonté, eh bien, ce n’est pas le cas.

Car ces filles-là ne font pas partie de mes objectifs. Pas à mon goût physiquement, encore moins intellectuellement et aux idées un peu trop arrêtées sur la question du look (mais également sur la plupart des choses). Donc, pourquoi ai-je accordé la moindre attention à ces femmes que je ne compte pas séduire, que je n’ai même pas envie de sauter et qui, au fond, ne sont même pas mes amies (ce sont des connaissances, au mieux des copines) ?

Peut-être pour marquer le coup ? Un dernier retour au conformisme avant de m'en départir pour de bon ?

Peut-être pour voir leur réaction face à cette nouvelle tête, en sachant pertinemment que si elles disent que je suis trop bien ainsi, que je devrais rester ainsi, je vais me faire un plaisir de les envoyer paître, en leur disant que leurs goûts personnels ont à mes yeux autant de valeur que les avis de la reine d’Angleterre sur la cueillette des poires en Turquie ?

Car au fond, c’est quoi mon but ? C’est de me démarquer. Ce n’est pas de ressembler à tout le monde. Je ne suis pas tout le monde, bordel de merde. Je suis Sywan, chevalier de Ni, écrivain, chanteur, malade en liberté, taré en puissance, destiné à hurler à la face de ce monde que je ne suis pas un mouton, que je ne suis pas né pour suivre le troupeau !

Pourquoi je m’habille en violet ? Pour qu’on me remarque. Pour qu’on se pose des questions. Pour qu’on se dise que je suis au choix un fou, une tante ou un daltonien. A cela, je le rappelle, on aurait raison sur les points 1 et 3. En ce qui concerne le 2, je paraphraserai Polnareff : "Les femmes qui le croient n'ont qu'à m'essayer".

Pourquoi je m’affine ainsi ? Pour me sentir mieux. Pour satisfaire mon ego et mon corps plus que celui des autres. Même si toutes les femmes ne sont pas difficiles (mes ex m’ont toutes aimé bien gros, comme quoi…), je sais que pour plaire, pour séduire et pour s’envoyer en l’air, un physique plus avantageux est toujours préférable à l’allure d’un ballon de baudruche.

Enfin, pourquoi je me suis laissé pousser les cheveux et pourquoi les ai-je teints ? Pour déranger, les cheveux verts ou décolorés ne plaisent pas à tout le monde, et pour faire parler les cons. Et je sais qu’ils en ont parlé.

Oui, je regrette ce coup de tondeuse. Il va à l’encontre de mon moi. Là, si je suis les conseils du tout-venant, il faudrait que je me rhabille de façon sobre, avec du noir (mais pas trop, et surtout pas en gothique, ah non, c’est pas beau, ça fait peur), que je me fasse une coupe de débile fondu dans la masse (celle qu’on voit quasiment sur toutes les têtes de nœud actuelles, à savoir ras de partout autour et en picots avec du gel sur le sommet), bref que je perde absolument toute originalité personnelle, pour satisfaire la vue et les prétentions esthétiques de personnes sans saveur, sans panache et sans intérêt ? Voulez-vous donc me voir habillé en caillera, avec des Nike à 150 euros comme tous les gros benêts ? Vous peut-être. Pas moi.

Merci : la messe est dite. J’ai coupé mes cheveux, je ne peux plus rien y faire, si ce n'est attendre. Ce qui me rassure, c’est qu'ils vont repousser plus beaux qu’autrefois. Et en patientant, je vais continuer à m’habiller de façon excentrique parce que ça, au fond, c’est vraiment moi, et je vais prendre exemple sur Beth Ditto, la chanteuse de Gossip, qui est la preuve vivante que le physique de rêve et les conventions vestimentaires ne sont pas les vraies émanations du talent (putain, quelle voix et quelle présence !). Et ceux à qui ma façon de penser ne plait pas… eh bien, je les emmerde. C'est simple, non ?

Par Sylvain Larue
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Lundi 27 décembre 2010 1 27 /12 /Déc /2010 21:24

Sur mon écran de télé, l’image d’un 4X4 roulant en pleine forêt demeure fixe. Le film est sur pause. Je le découvre. Il s’agit du dernier (2009) Vendredi 13.

Voilà environ 25 minutes que je le regarde, déjà cinq personnes sont mortes de façon horrible, provoquant en moi frissons de peur et frissons de délice mêlés. Eh oui, je suis, à ce niveau, définitivement irrécupérable. Aux autres niveaux aussi, d’ailleurs. Le temps passe et je constate que beaucoup de choses ne changent pas en moi, et ne sont pas prêtes de changer. Nul ne guérit de son enfance, ni de son adolescence, ni d’aucune période de sa vie, puisqu’au final, on ne guérit pas de sa vieillesse… On en meurt. Quand je repasse le film de ma banale existence  d’humain moyen, je constate parfois des surprises, des éléments oubliés depuis longtemps qui reviennent à la surface. Bulles de souvenirs jaillies du creux de ma mémoire. Evidemment, les abysses du passé demeurent souvent insondables. J’imagine mal me rappeler dans le détail ce qu’il advint le 25 mai 1989 du réveil au coucher. Je pense que c’est votre cas également (surtout si vous êtes nés après cette date).

Il fut un temps, je croyais et j’aurais soutenu de tout mon cœur que mon goût pour le macabre était né après mon dixième anniversaire, en même temps que les traumatismes scolaires du collège dont j’ai hélas trop souvent parlé. A ma stupéfaction, je constate que non. Non. Ce plaisir sadique, cette délectation pour l’horreur est plus ancienne.

Je me souviens d’un atelier de masques en terre cuite, ou en pâte à sel, je ne sais plus. J’étais à l’école Paul Bert. CM1, je dirais, ce qui situe la classe en 1990-1991. Les modèles choisis par mes camarades étaient normaux. Je ne sais plus ce qu’ils étaient exactement, mais du moins, ils reflétaient le choix classique d’enfants de neuf ans. Moi qui en avais huit, j’ai ramené un magazine de cinéma fantastique – où l’avais-je trouvé ? –sur lequel, en couverture, il y avait un homme chapeauté, portant un pull rayé, le visage atrocement brûlé, et un gant agrémenté de lames de couteau au bout des doigts. Oui, pour cet atelier – qui devait donner lieu à un petit bal masqué -, j’avais à huit ans choisi d’être… Freddy Krueger. Maman, un soir, revint de Toulouse où elle était s’était rendue, bravant les embouteillages, après le travail, avec  l’accessoire qui tue ( le mot est juste) : la réplique du gant de Freddy. Pour le pull rayé, bien sûr, il ne fallait pas exagérer. Le jour J, j’ai mis le chandail le plus « ressemblant » qui soit que j’avais dans mes tiroirs, enfilé le masque, lourd, lourd, mal fait, horrible, et j’ai dansé une ronde absolument ridicule devant des parents qui ont certainement eu un haut-le-cœur en voyant Pierrot et un chat masque danser avec un serial killer…

Je me souviens de l’année 1991, qui fut celle du premier changement d’existence. Pendant que le couple Rossi-Larue se disloquait, moi, je découvrais Canal + en compagnie de mon futur demi-frère (par alliance) Lionel. Son père enregistrait les films d’épouvante du mois, et les deux gamins que nous étions les regardaient avec délectation, parfois sous surveillance (et pourtant ce n’était pas du tout le genre de cinéma apprécié par nos parents respectifs ! Certains longs-métrages étaient proprement nuls – encore que, rétrospectivement… – mais ces séances d’horreur font partie des éléments agréables de cette période riche en tourments.

Je me souviens de mon arrivée à Apt, du seul et unique magasin vidéo qui existait là-bas à l’époque. C’était fin août 1992. Les tarifs en étaient outrageusement élevés, ou plutôt la caution (je crois 500 francs, pas moins). Mon père, qui savourait l’existence de son magnétoscope personnel depuis huit mois à peine, décida que ces voleurs n’auraient pas notre clientèle. Il s’arrangea donc pour agrémenter sa vidéothèque de façon régulière, le plus souvent quand nous allions ensemble à Avignon le week-end, et malgré mon tempérament réticent, j’eus le plaisir de découvrir bien des films en sa compagnie. Oui, j’ai pris plaisir au visionnage de longs-métrages avec mon père (et c’est encore le cas), et j’ai pris plaisir à aller à des concerts avec ma mère. L’adulte que je suis devenu se doit de reconnaître que ses parents sont des gens hautement fréquentables, mais également qu’ils sont, outre mes créateurs, des amis de choix. En 1993, après une dizaine de mois de tortures au collège, j’eus le plaisir de trouver, au centre-ville, un nouveau magasin vidéo, petit mais bien fourni, qui fit mon bonheur de façon régulière. Hebdomadairement, pendant les trois ans qui suivirent, j’allais rendre visite à ces lieux le mercredi matin. C’était une halte obligatoire, avec le magasin de jouets et celui de déguisements de la ville, pour mes promenades de mi-semaine. Et que louais-je ? Des films d’horreur, bien évidemment.

Evidemment, j’avais mes préférés. Halloween 4 et 5 sont passés et repassés maintes fois sur le magnétoscope paternel. A cela, deux bonnes raisons. La première, c’est la fascination que j’éprouvais – et que j’éprouve toujours – pour le personnage du tueur, l’impressionnant Michael Myers.

Imposant physiquement (de plus en plus grand au fur et à mesure des films), sans émotion humaine, le visage caché par ce terrible masque blanc qui, j’ai pu le constater, met profondément mal à l’aise ceux qui le voient… La fascination pour la mort brute, sans fioritures, naissait déjà en moi. Et puis surtout, deuxième raison, il y avait les victimes… Des adolescents (enfin, pas les acteurs, mais les rôles). Le même genre que je côtoyais tous les jours. Le même genre qui me faisait souffrir. Oui, depuis ce temps-là, et ce pour encore bien des années, c’est vraiment le « slasher movie » qui conservera ma préférence. Vendredi 13, Scream, Imagine l’hiver prochain (euh, non…), Urban Legend, Douce nuit sanglante nuit, Black Christmas, Mortelle Saint-Valentin, etc… Toujours le même principe, toujours le même désir. Je me voyais dans la peau du tueur.

Ne mentez pas. On a tous éprouvé une fois ou l’autre le désir de tuer quelqu’un. Le sentiment est plus ou moins fort, selon les sensibilités et les traumatismes subis. Il m’a fallu trop de temps pour comprendre que, pour la plupart, on a tous vécu des expériences douloureuses dans la jeunesse. Mais toutes les victimes ne réagissent pas de la même façon. Certains finissent par se suicider pour ne pas continuer à pleurer. D’autres survivent, quelque chose de cassé au fond d’eux, irréparable, et mènent une existence définitivement vouée à l’invisibilité. On ne fait pas souffrir ce qu’on ne remarque pas, n’est-ce pas ? D’autres surmontent, dominent, se vengent de leur passé en devenant les meilleurs, presque intouchables, et en espérant pouvoir un jour étaler leur réussite au nez de ceux qui les ont mutilés. Tel est mon objectif actuel. J’aurais du me décider de le faire il y a bien longtemps. Mais à l’époque…

Moi, dans mes rêves, j’étais Michael Myers, j’étais une machine à tuer impossible à arrêter, faite pour massacrer à coups de couteau de boucher. Une façon de m’extirper mentalement de mon apathie, puisque je ne réagissais jamais vraiment aux attaques. Je pleurais, je hurlais, j’essayais de me plaindre, j’usais de la parole et du sarcasme ( ce qui me valait des horions supplémentaires). Jamais je n’ai frappé. C’est peut-être un bien. Si j’avais pris vraiment goût au sang à l’époque, je ne sais pas où cela m’aurait mené. Peut-être au passage à l’acte. Mais inutile d’épiloguer sur ce qu’il n’est point advenu. Je n’ai tué personne. J’ai déprimé. J’ai été épaulé. Je m’en suis sorti. J’ai une vie qui me plaît, que je veux rendre toujours meilleure, et voilà. Je suis probablement moins facilement choqué que d’autres par certains sujets particulièrement glauques, morbides (encore qu’il existe pire que moi : la vision de Saw me dérange profondément, quand certains de mes amis en rient).

Donc, depuis des années, le slasher occupe une part privilégiée dans l’éventail de mon sadisme. Petit sadisme, puisqu’il n’oblige à rien commettre soi-même. Mais satisfaction éhontée face à ces grappes de gosses, obsédés et stupides, qui n’ont d’autre but que de finir en chair à pâté sous la lame d’une tronçonneuse ou celle d’une machette tenue par un psychopathe masqué.

Philosopher en regardant Vendredi 13, le croirez-vous ? Trois pensées me viennent à l’esprit. Primo, les acteurs ont désormais mon âge, ou sont plus jeunes d’une décennie parfois… Coup de vieux supplémentaire, mais je souris en écrivant ces lignes, preuve que je ne suis pas encore un croûton. Secundo, je ne prêtais pas assez attention aux victimes féminines, avant. J'avais tort. Peut-être étaient-elles moins à mon goût ? Peut-être ai-je découvert le genre avant d'avoir l'âge requis pour m’intéresser à l’anatomie des femmes ? Car il ne faut pas omettre ce détail. Les slashers sont des films destinés aux adolescents et aux jeunes adultes, et les producteurs, réalisateurs et scénaristes qui s’y collent ne sont pas aveugles, ils savent très bien le cocktail qui va plaire à leur public-type. Ou du moins la base, qui reste immanquablement la même : du sang, et un peu de sexe. Ici, trois filles ont déjà retiré le haut, et il faut le dire, elles ont toutes de fort beaux seins (je les préfère un poil plus imposants, mais j’ai le phantasme bathycolpien…). Cela ne fait qu’ajouter à l’agrément de ces films. Je cite, pour ma part, Katherine Heigl, Rose McGowan, Jennifer Love Hewitt, comme ayant hautement contribué à l’intérêt déjà grand que je portais aux slasher movies. Dans la série "busty chicks in splatter flicks", le dernier Piranha avait fait très fort. Si un jour, je vois dans un film d'horreur Christina Hendricks ou Kat Dennings (surtout elle, mais j'en parlerai un jour où l'autre dans un article spécial)... Ah là là là là ! Elles sont pas votre genre ? Moi, si. Laissez-moi rêver.

Tertio, on évoque souvent les films de serial killers comme étant peuplés de stéréotypes. Le nerd qui n’ose pas aborder les filles, le beau gosse connard de service (ou son homologue féminin), la dernière survivante, la paumée, la cochonne, le drogué, l’alcoolo, le bouseux du coin… Mais, ô braves gens, regardez le monde qui vous entoure, et je ne parle pas de vos proches spécialement. Vous donnez-vous la peine de psychanalyser l’intégralité des gens que vous croisez dans votre vie ? Certainement, ils ont plusieurs facettes, plusieurs niveaux, c’est possible. Mais en surface ? Ils SONT les stéréotypes ! Et souvent, les stéréotypes avec les défauts les plus détestables possible… Tant et si bien qu’en regardant un slasher, on peut très bien mettre un visage ou le nom d’une personne qu’on connaît sur telle ou telle victime. Et ainsi se régaler de leur mort abominable, avec force jets de sang et si possible, dans le cas où le futur cadavre s’est montré haïssable à chaque seconde de présence sur l’écran, tortures préalables dont on espérerait qu’elles les poussent à une rédemption de dernière minute. Vain espoir : même quand on les empale à coups de fourche, les cons meurent cons. Comme dans la vie. Et c’est bien fait pour eux.

Si je regarde dans mon entourage pour tourner dans un film d’horreur, y’a pas de souci, j’ai les acteurs pour les rôles suivants (et allez, encore une liste) :

-          Des cruches, filles pas trop laides, mais pas trop intelligentes non plus. Fades. Victimes dès le début, souvent en pleine prestation radadesque.

-          La belle blonde à grande gueule, pas bimbo mais trop brute dans ses avis.

-          La belle brune (c’est mon film ou non ?) qui fait saliver les mecs. Pas une salope, oh non, loin de là, mais libre de son corps et de ses envies.

-          Le gars à la picole facile, gentil mais prompt à l’embrouille quand il est schlass, et sa chérie qui se fait engueuler chaque fois qu’elle essaye de le tempérer.

-          L’alcoolo moins exagéré, celui qui a le vin joyeux et la blague facile. Tueur potentiel.

-          Le stoner, joint à la bouche, pas forcément fan de Bob Marley (parce que sinon, il meurt dans les trois premières minutes… Non, j’aime pas le reggae.)

-          La fille au cœur d’artichaut, toute douce, trop sûrement pour ce genre d’histoires. Au choix, elle finit dernière survivante, ou meurt très vite.

-          Le frère ou la sœur d’un des personnages les plus softs, le même genre de caractère, un peu plus fougueux aussi, et qui survit souvent jusqu’aux dix dernières minutes.

-          La nympho, peut-être pas canon, mais très apte à calmer les acteurs en manque de sexe (ou atteints de priapisme).

-          La gamine insupportable de prétention et dont on pense à la mort prochaine avec délectation.

-          Le bon gars avec très mauvais caractère, qui tente d’intimider le tueur et ça finit mal. Pour lui.

-          L’artiste en devenir, bon gars lui aussi, mais dont le style n’est pas au goût du tueur. Finit au choix avec un pinceau planté dans l’œil (s’il est peintre), étranglé avec la sangle de sa caméra (s’il est réalisateur), égorgé avec son propre CD (s’il est musicien).

-          Le sportif, ou bien le costaud, très costaud même, qui fout une raclée au tueur mais finit quand même éventré.

-          Le nase de service et le connard de service (tous sexes confondus), on en connaît tous un peu trop. Patron désagréable, connaissance méprisable et agressive, dragueur de base jouant à « Qui veut se faire casser l’oignon » avec toutes les actrices du film, mythomane toujours prêt à mentir sur ses prouesses (quelles qu’elles soient)… Là, ils meurent, et une fois encore, on jubile.

-          Le geek, passionné par un sujet complètement bizarre, et à la vie sexuelle proche du zéro absolu. Tueur potentiel.

-          L’autorité adulte nocive. Un méchant bougre, flic sévère et borné, ou docteur obstiné d’un des jeunes, ou père abusif et violent. Là aussi, leur fin cause un plaisir intense.

-          Les incolores. Ils n’ont rien de bien marquant, rien d’exceptionnels. Ils font des victimes parfaites, sauf qu’on se fout de leur mort – si ce n’est dans le détail technique – tout autant que de leur existence.

Souvent, ils vont par couple. Je vous laisse faire les associations. La sexualité qui leur est propre n’est pas à prendre en ligne de compte. Gay, bi ou hétéro, même combat, tous les rôles leur sont offerts. A varier, cependant, pour jouer la carte de l’innovation.

Tout ça pour dire que, alors que je vais relancer le film – mis sur pause depuis une éternité -, les films d’épouvante sont partie intégrante de ma vie. Comme les affaires criminelles. Comme l’humour absurde. Comme la musique.

D’ailleurs, il me semble qu’une scène de lit se prépare. C'est-à-dire une mort imminente pour les fornicateurs. Car c’est une règle à ne pas enfreindre si on tient à survivre. L’abstinence fait fuir les tueurs réactionnaires. Le crac-boum-hue, le vin et le pétard les attire.

C’est comme si je vous disais « Je reviens tout de suite », mon sort serait impitoyablement scellé.

Oh merde. Je l’ai dit.

Par Sylvain Larue
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Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /Déc /2010 16:36

Aujourd’hui, j’ai la crève. Youpi, youpi.

J’ai des projets, du boulot… mais je m’autorise quand même ce moment de calme pour écrire sur le blog un de ces articles que personne – ou presque – ne lira. « Hypocrite lecteur », comme dirait Wren, toi qui t’es perdu sur mes pages, ne t’offusque pas. Je te remercie de me prêter un tant soit peu d’attention, et c’est sincère.

Surfant hier comme souvent sur Faceploucs et Stupidbook, pour m’horrifier de la bêtise humaine – bien que je pense que, possesseur d’un compte Facebook, je finisse moi aussi un jour par me retrouver ridiculisé sur leurs pages – j’ai vu un lien qui m’était alors encore inconnu. « Adopte un connard ».

« Adopte un mec », je connais. Je suis un touche-à-tout (je ne parle pas de sexe), et mes périodes de célibat récurrent m’ont conduit un triste jour à m’y inscrire. Belle initiative. Je n’ai eu quasiment aucune réponse. Trop obèse probablement, trop naïf, trop sincère. Trop con, au final. Mais bref. Le titre m’a accroché, et je suis donc arrivé sur une série de captures d’écran où un nommé Guillaume Natas s’applique à démolir les conversations entreprises avec des femmes sur « Adopte un mec ».

C’était bas, certes. C’était même assez humiliant pour quelques-unes. Je ne cite rien, je vous laisse jeter un œil. Certains commentaires du jeune homme m’ont déplu. Cependant, en terminant la lecture de ces documents, l’avis était clair : j’avais majoritairement apprécié ce que je venais de voir.

A la base, je n’aime pas tellement les grandes gueules, outrancières à l’excès, égocentriques à l’envi, qui font leur fonds de commerce en tapant sur la gueule de n’importe qui à n’importe quel propos. Ils me gênent un peu, car je demeure quand même le gamin timide qui n’osait pas s’exprimer face à l’opposition. Sauf que les années ont passé. Et je penche désormais de leur côté. Car, au fond, je les admire, et la vérité, c’est que j’ai peur pour eux. Oui, avoir le culot de l’ouvrir face aux masses qui interprètent tous vos propos à tort et à travers, et ce pour dire des vacheries, ca demande une sacrée paire de cojones ou d’ovaires (rayez la mention inutile selon votre sexe). Mais le courage de ses opinions, surtout les plus cyniques, face à une vague monstrueuse de connerie moutonnière, ca ne sauve personne. C’est s’exposer à finir crucifié, ou empalé, ou supplicié (enfermé dans un ascenseur pendant une semaine avec la diffusion en boucle des plus grands succès de Cindy Sander, par exemple).

Je n’ai pas encore ce courage à toute épreuve. J’emploie des artifices pour exprimer ma colère. Je passe pour un imbécile quand je crie « Ni ». Soit. C’est par trouille, pour que la réaction en face reste sobre. Je passe pour un imbécile, c’est bien peu de chose. Humains, si vous compreniez ce que j’exprime réellement dans ces deux lettres, dans ce son strident glapi contre vos tympans bouchés à l’émeri, je pense qu’il y aurait de quoi me faire fracasser le nez.

Pas de faux-semblants pour Guillaume, donc. Il dit ce qu’il pense, j’estime qu’il y a une bonne part de comédie dans ses propos (en bref, qu’il se fait plus méchant qu’il ne l’est), mais il va droit au cœur du problème, et attention, ça fait mal. Car le sieur ne se contente pas de pourfendre les esseulées sur AUM (le site, pas la secte), il dirige un blog, TRIMTAB, et vandalise allègrement les choses qui l’agacent.

D’où, deuxième centre d’intérêt sur ce site : « Aisance en médisance ». C’est le noyau. Le cœur en fusion de ses griefs. Les sujets sont, comme je le disais juste avant, assez variés. Là encore, la lecture de certains de ses billets m’a froissé. Pas scandalisé au point de lui demander un droit de réponse, quand même. Les sujets qui fâchent, pardon, qui m’ont fait froncer les sourcils ? La liste ne sera pas trop longue.

Je ne suis pas encore trentenaire, mais j’y arrive assez vite, et être traité de vieux une fois passé ce cap, ce ne sera pas une chose faite pour me ravir. Je revendique le droit de m’identifier à un personnage connu parce que la vie normale n’est pas souvent apte à me satisfaire pleinement et que, oui, je n’ai pas de personnalité… ou du moins pas de personnalité stable. Et sans doute suis-je moins scrupuleux sur mes gouts cinématographiques que Guillaume (avec modération : certains films beaufs me font rire, d’autres n’intégreront jamais ma cinémathèque personnelle ni ma culture générale). J’ai déjà, par stupidité et par chagrin, trop souvent fait part de mes angoisses sentimentales sur un blog, mais chacun agit face au mal-être avec ses propres armes.

Mais le reste ? Mmmmh ! Liste plus longue de points communs récoltés au fil des articles (je ne veux pas dire que je fasse strictement la même chose que lui, mais je partage sa hargne).

- Casser des blogs considérés comme d’une cul-terie absolue (ceux d’une mère pour parler de ses gniards, devenus le centre de l’univers), 

- se moquer de l’intégrisme catholique pour dénoncer les extrêmes présents dans toutes les croyances (pas fou, Guillaume, nous savons lui et moi que critiquer trop directement les autres religions monothéistes au vu et au su de tous, c’est risquer de se faire condamner à mort à brève échéance),

- dénoncer la dérive des reality-show (déjà scandaleux à la base, devenus d’un voyeurisme et d’une abjection sans limites de nos jours)…

- A la base, j’ai beau avoir un bon feeling avec les gosses de mes amis (même si certains avaient le bon goût de me surnommer « papi » quand je n’avais que 24 ans), je sais que la majorité des enfants sont destinés à devenir des futurs nases venus augmenter le nombre d’imbéciles sur-peuplant déjà la planète, alors, comment s’attendrir devant n’importe quel bébé ?

- Je n’ai jamais lu le Petit Prince dans son intégralité, toujours quelques pages, et hop, je referme le livre. J’ai du l’ouvrir pour la dernière fois voici bien quinze ans.

- Je ne fume pas et je trouve aberrantes les campagnes anti-tabac et la hausse progressive du prix des clopes (osez avouer, mesdames et messieurs les Grands, que c’est juste pour l’argent, un peu de sincérité, que diable !).

- Le concept du Lipdub en général m’abomine, celui de l’UMP m’a plongé dans les abysses du désespoir tant c’était nul.

- Le foot ? Je déteste. Il n’y pas de mot, même, pour désigner mon sentiment face à ce sport devenu religion, opium du peuple, sujet de guerres internationales, nationales et même parfois communales (exemple : tribune Boulogne, tribune Auteuil ; une seule équipe, un même stade, deux clans, quatre raisons de traiter les supporters de gros cons).

Les sujets sont classiques ? Oui. Et après ? L'homme lambda ne fait que ressasser toujours les mêmes centres d'intêret. Pourquoi faudrait-il à tout prix inventer d'autres centres de mépris ou de désintérêt ?

Curieux qui êtes allés rendre visite au blog Trimtab, j'espère que vous n'aviez pas la naïveté de croire qu'il allait vous caresser dans le sens du poil, Mister Natas. Ses lecteurs sont, à ses yeux, composés d’un énorme pourcentage de paysans, et d’une partie moins importante – et encore – de no-lives. Certains lui ont fait remarquer que la limite entre le premier et le second degré était excessivement fine. C’est là un plaisir de gourmet, réduire cette limite à sa plus simple expression, et bondir entre les deux degrés sans que les autres ne puissent vraiment déceler à coup sûr le changement.

Quoiqu’il en soit, la lecture de ces billets, pas tendres mais drôles (selon moi) et très caustiques, m’a procuré un agréable moment. J’y reviendrai de temps à autre.

Pour conclure, qu’il me soit permis, Guillaume, blogueur-parisianiste-égocentrique, moi qui suis à tes yeux un vieux (et peut-être même un vieux con) de te saluer cordialement et de s’assurer – jusqu’à preuve du contraire – que tu as toute ma sympathie, même si tu t’en moques.

PS : Certains pourront ne pas cautionner ce que j’apprécie. Qu’importe. Tous mes goûts sont dans la nature.

Par Sylvain Larue
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Lundi 6 décembre 2010 1 06 /12 /Déc /2010 04:08

Je sais que cet article montrera à quel point, une fois encore, je peux manquer de la plus élémentaire imagination, mais sachez que le feu sacré m'a repris, et que l'écriture revient au galop. Au terme de ces trois semaines trépidantes passées à New York, me revoilà en forme. Comme jamais auparavant, je devrais préciser.

 

Pourquoi remplir le questionnaire de Proust aujourd'hui ? Tout simplement car, par le passé, je n'étais jamais arrivé à le complèter. Suis-je plus conscient de ce que je suis aujourd'hui par rapport à hier ? Certainement, et également moins que demain. Alors...

 

1. Ma vertu préférée : la justice et la connaissance, à doses égales.
2. Le principal trait de mon caractère : le besoin d’être remarqué, apprécié, aimé sans conditions.
3. La qualité que je préfère chez les hommes : leurs diverses formes d’humour et leur facilité à passer de l’une à l’autre (ce qui n’est pas présent chez tous).
4. La qualité que je préfère chez les femmes : la tendresse maternelle qui sait apaiser bien des maux (qualité absente chez certaines).
5. Mon principal défaut : ma façon trop souvent cassante de répondre aux gens quand ils m’agacent ou qu'ils me nuisent.
6. Ma principale qualité : mon envie d’en savoir toujours plus, de ne pas rester dans l’ignorance ou dans l’admission aveugle de tout ce qu’on me raconte.
7. Ce que j'apprécie le plus chez mes amis : qu’ils sachent tout à la fois me pousser vers les sommets et me faire garder les pieds sur terre en me parlant franchement, quitte à se fâcher pour quelque moment.
8. Mon occupation préférée : lire et chanter, ex aequo et n’importe où.
9. Mon rêve de bonheur : une scène, un micro, des musiciens, et 2.500 personnes venues m’écouter chanter. Une bibliothèque déserte, un casse-croûte, de quoi prendre des notes.
10. Quel serait mon plus grand malheur ? Que mes parents ne m’aient pas aidé à sortir la tête de l’eau un jour de novembre 2000.
11. A part moi-même, qui voudrais-je être ? Léonard de Vinci ou Wolfgang Amadeus Mozart. Etre véritablement un génie, pas juste espérer le devenir.
12. Le pays où j'aimerais vivre. Un pays imaginaire qui comprendrait à la fois la beauté de la campagne de Toscane et d’Emilie-Romagne, et la folie de Manhattan.
13. La couleur que je préfère. Le violet, probablement.
14. La fleur que je préfère. Le coquelicot, aussi simple que flamboyant.
15. L'oiseau que je préfère. La chouette, dont je partage la vie nocturne et l'oeil rond.
16. Mes auteurs favoris en prose. San-Antonio, Parot, Preston & Child et… Ariane.
17. Mes poètes préférés. Villon pour le classique. Jean-Jacques Goldman, Georges Brassens, car les auteurs de chansons ne sont-ils pas des poètes ?
18. Mes héros dans la fiction : Aloysius X.L. Pendergast, Nicolas Le Floch, le Joker, Swan. Le Bien et le Mal, avec du charisme dans tous les cas.
19. Mes héroïnes favorites dans la fiction : Hermione Granger, Adèle Blanc-Sec. Sûrement d'autres qui ne me viennent pas à l'esprit actuellement, mais des femmes non effacées, et plus intelligentes que la majorité des hommes.
20. Mes compositeurs préférés : Michel Berger, Freddie Mercury, Wolfgang Amadeus Mozart et Tilia Weevers (mon amitié pour elle ne m'aveugle pas, seul le talent compte, et le talent est là).
21. Mes peintres préférés : De Vinci, Magritte, Van Gogh, Vermeer de Delft.
22. Mes héros dans la vie réelle : Tous ceux qui osent protester, par la musique, le verbe, la plume et l’humour, contre la bêtise et le devenir de l’humanité. Une qualité en réel déclin.
23. Mes héroïnes préférées dans la vie réelle : Voir réponse précédente.
24. Mes héros dans l'histoire : Les « emmerdeurs » partis trop vite dans les années 80. Desproges, Reiser, Coluche et Balavoine.
25. Ce que je déteste le plus : le dogmatisme stupide, qu’il s’applique à une conviction politique, à une religion ou à n’importe quelle philosophie. Seuls les imbéciles ne savent pas mettre d'eau dans leur vin.
26. Le personnage historique que je déteste le plus : mis à part les dictateurs et despotes de tout bord qui me répugnent, le premier homme à avoir utilisé la poudre noire à des fins guerrières.
27. Les faits historiques que je méprise le plus : toutes les guerres passées, présentes et à venir.
28. Le fait militaire que j'estime le plus : aucun. Etre soldat est, selon moi, l’expression parfaite du ratage existentiel. Pardon d’avance à mes parents, mais leur cas est moins répréhensible à mes yeux, d'une part parce que ce sont mes parents, et d'autre, puisqu'ils n'ont pas rejoint les rangs de l'armée en croyant jouer un rôle-clé au sein d'un patriotisme de mauvais aloi.
29. La réforme que j'estime le plus : Tout changement apporte son lot de bonnes et de mauvaises choses. Souvent plus des secondes que des premières.
30. Le don de la nature que je voudrais avoir : Physiquement, une plus grande taille. Psychologiquement,  la faculté de comprendre sans exceptions les femmes afin de pouvoir les aimer mieux que je ne peux le faire actuellement.
31. Comment j'aimerais mourir : brutalement, à l’âge mur - celui qui précède l’âge pourri - en pleine forme physique, en pleine gloire.
32. L'état présent de mon esprit : Une irrésistible envie de foncer vers la réussite totale, quitte à m’épuiser en chemin.
33. La faute qui m'inspire le plus d'indulgence : le fait d’être tête-en-l’air. On excuse d’autant plus facilement les défauts que l'on possède soi.
34. Ma devise : La tolérance ne naît qu'au milieu de la haine de ce qui est autre. Il n’y a pas lieu de tolérer ce qui existe, il suffit juste de l’accepter tel que c’est.

Par Sylvain Larue
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Jeudi 18 novembre 2010 4 18 /11 /Nov /2010 16:36

J’écoute du Goldman et petit-déjeune en vous écrivant, et je laisse mon esprit vagabonder pour récupérer dans l’ordre – important, ça – les souvenirs des six derniers jours passés (en deux parties, je ne vais pas vous infliger tout en une fois).

Vendredi matin, donc, le réveil est arrivé naturellement tôt, et le début de nos pérégrinations à Manhattan également. A l’heure des travailleurs, métro pour deux français en American trip, direction l’East Village pour me faire découvrir une librairie. Magasin indépendant de quartier, bien fourni, avec le coin café où Antho confie qu’on boit l’un des meilleurs cappuccinos de la ville. La différence notable avec les librairies de France, c’est qu’il y a des fauteuils un peu partout, ce qui laisse au client la possibilité de s’asseoir et de lire tout son soul avant d’acheter ou de repartir les mains vides, au choix. Essayez de faire pareil dans l’Hexagone : une voix courroucée va finir par vous dire « Bon, vous arrêtez de tripoter les livres et vous vous décidez à acheter, sinon vous repartez. » Dans ce cas, le libraire acariâtre perd un client, et c’est bien fait pour sa tronche.

Je me rends au rayon « True crime », ce qui correspond à ce que j’écris, je consulte un ou deux livres, je fouine… J’apprécie l’endroit, mais je le confesse, je préfère les bouquinistes et leur choix plus éclectique. Il faudra que je m’en dégotte un. Ca doit bien exister, un « Gibert-like » à Manhattan ! Poursuivons notre route, direction prévue : Union Square. En chemin, nous passons devant un de ces innombrables bazars de rue où l’on vend tout et rien aux touristes. L’attention de Lapin et la mienne s’arrêtent en même temps sur un fedora ( chapeau feutre) violet. Plus classe et plus sombre que le mien, il coûte également deux fois moins cher. Il ne me faut pas dix secondes pour me décider de l’acheter. Décidément, Jocelyn est dans le vrai : pour trouver des choses originales en France, il faut avoir une chance de cocu, tandis qu’outre-Atlantique, sortir des sentiers battus ne demande que peu de formalités et de recherches ! Antho en profite pour s’offrir une jolie gapette grise et noire qui accentue son côté bohême. La marche se poursuit, à un bon rythme, entrecoupée d’arrêts dans des magasins. Je tombe, par exemple, sur un énorme magasin de déguisements, et le choix de masques, accessoires et autres articles de fêtes me donne le tournis. Une fois à Union Square, un marché bio nous offre un snack délicieux, des « Whoopi Cookies », recette Amish. Imaginez un gâteau dont la pâte rappelle un peu les Chamonix à l’orange, une pâte sombre, au goût de cannelle, proche du pain d’épice, fourrée d’une crème à la vanille… Loin d’être dégueulasse, je vous le dis. Claire m’en avait parlé, mais je gage qu’il faudra que je rende visite à la pâtisserie où elle s’est procuré ces délices, sous peine de le regretter…

Livres toujours dans l’immense librairie « Barnes and Noble », plusieurs niveaux où l’on pourrait passer des heures, que dis-je des jours entiers à remplir son sac de livres tous plus intéressants les uns que les autres (conséquences fâcheuses : compte en banque vide, plus de place chez soi, dispute avec la compagne, séparation, suicide… La plume est décidément plus puissante que l’épée). Pour ma part, je me prends un exemplaire de « The Far Side Gallery », autant commencer léger. Demi-tour, le déjeuner se déroule dans un déli, on remplit chacun une barquette de polystyrène à un buffet énorme, et on va manger dans un parc voisin. Là, Antho poursuit son travail de psychanalyse entamé depuis l’avant-veille et je pense que je parle presque deux heures, creusant mon esprit pour trouver les racines de mes maux et de mes complexes. Psychanalyse à New York par son meilleur ami, c’est digne de Woody Allen, à ceci près que je ne remercie pas mon analyste en l’assommant avec une fraise géante. Je l’épuise avec mes maux/mots, mais il me fait énormément de bien.  Il est 15 heures quand nous quittons les lieux, retour vers le Brooklyn Bridge, ou plutôt le quartier du palais de justice proche. Même les tribunaux New Yorkais sont des gratte-ciels imposants. L’immeuble de Créteil ferait figure de nain à côté !

Le retour se fait rapide aujourd’hui, probablement parce qu’Antho, à son âge canonique, n’est plus en mesure de tenir de longues distances sans l’assistance d’une canne. Le trajet de la veille l’a laissé sur les genoux, et comme il a eu du mal à s’endormir – il n’a pas eu droit à sa tisane au Temesta -, il a émis l’envie de regagner Brooklyn à 17h au plus tard. De plus, ce soir, je dois faire la connaissance de Camille, première rencontre au sein du petit groupe d’expatriés dont Lapin fait désormais partie et qu’il va me présenter au fil des jours à venir.

Notre invitée devant arriver vers 19h, cela me laisse le temps d’aller au supermarché. Antho profite de ce laps de temps pour tenter de se reposer et d’évacuer la fatigue accumulée des deux jours passés, je suis donc seul pour faire les courses. Expérience sans l’être : comprendre la langue est la seule clé, après, il suffit de faire preuve d’un peu d’observation dans les rayons, dont l’agencement est loin d’être un modèle ! Je prends mon temps, néanmoins, et cet acte banal me confirme que je pourrais très bien vivre dans ce pays. On me demande ma carte d’identité pour acheter un pack d’Heineken (environ 10 dollars le six-pack, soit 7 euros), je ne pensais pas avoir autant rajeuni… Mais apparemment, même si j’avais 50 ans, on me demanderait mon I.D. Une gêne qui n’en est pas une, vu le peu d’alcool que j’ai l’occasion d’acheter au jour le jour.

Anthony, en parfait gentleman, va accueillir Camille à la station de métro, me laissant dans l’appartement seul en compagnie de mes fichiers karaoké. J’ai un peu le rouge aux joues en apprenant qu’on entend ma voix depuis l’entrée de l’immeuble alors que je n’ai pas eu l’impression de pousser outre mesure. Antho a bien fait son travail, puisque Camille me salue en m’appelant « Poulet ». God damn it ! Dois-je préciser qu’elle va s’avèrer être de loin (de vraiment loin ) la plus agréable à regarder de cette bande ? Bon, les autres Français sont des mecs, mais quand même… Je ne vais pas me vexer, mais Antho, je te retiens ! Ni !

Le dîner se passe à deux pas de là, dans un hamburger restaurant où l’on compose soi-même son sandwich, et la qualité et la taille ne peuvent en aucun cas être comparés à un Big Mac. Copieux et savoureux. On parle, c’est une soirée des plus agréables, que l’on doit poursuivre au Brooklyn Academy of Music, un complexe regroupant opéra, théâtre, cinémas, café musical. C’est à ce dernier que nous nous rendons pour écouter le concert gratuit du groupe électronique Ergo. Ce mot signifie « donc » en latin. Et je dois dire que le nom est bien choisi. C’est ennuyeux à mourir, donc on s’emmerde, donc on part au bout de cinq minutes. Antho regrette, lui qui a entendu deux excellents concerts au même endroit lors de ces précédentes visites, mais est-ce bien grave après tout ? Lapin, ne t’en fais pas, tu n’es pas responsable de la programmation musicale des lieux.  Retour à l’appartement pour le dessert, ils dégustent de la glace Butter Pecan, j’ai décliné l’offre, je fais déjà assez d’entorses au régime depuis mon arrivée pour m’abstenir de céder à toutes les tentations. Camille prend congé de nous, un exemplaire des « Crimes Passionnels » dans les bras. Antho et moi prenons le parti d’aller nous reposer. La journée a été passionnante et longue, la suivante risque d’être encore mieux. Mieux vaut ronquer pour s’y préparer.

Le samedi est à nouveau l’occasion d’aller se muscler les jambonneaux à Manhattan, et cette fois, l’arrêt dans notre montée progressive de l'île se trouve être à Times Square, cet immense carrefour dont les immeubles sont recouverts de panneaux publicitaires du genre 10 mètres sur 12 (et encore, je dois être loin du compte), d’écrans super-géants, et de néons. Un attrape-touristes, toujours hyper bondé, avec ses magasins de souvenirs tous les vingt mètres. Ceci étant, une vision qu’il convient de ne pas manquer quand on vient la première fois à NY, ça, c’est clair. Avec un détail qu’il faut souligner : c’est le quartier des théâtres, les pièces les plus importantes se jouent ici, mais aussi… les comédies musicales. Certaines m’allèchent déjà, et Antho a prévu que nous irions en voir une, peut-être deux si le temps nous le permet. Celle qui est notée sur son agenda se trouve être… « La Famille Addams ». Tu le crois, toi, Fox, qui en rêvais ? La date n’est pas encore fixée, mais cela va se faire. Moitié de journée sur Times Square, burrito mexicain pour le déjeuner, puis, en courant d’après-midi, nous allons dans la gare de Grand Central. Nous n’avons pas de train à prendre, mais des courses à faire : or, dans cette gare, une allée sert de marché couvert de luxe, où l’on vend des produits venus d’Europe… et plus particulièrement de France. Nous faisons emplette de deux pains, un aux raisins et aux noix, un autre au levain, tous deux fort appétissants, ainsi que du fromage. Lapin insiste pour que je le conseille… J’en souris encore… Moi, qui ai le fromage en horreur, conseiller lors d’un achat sur l’aspect d’une tomme ? Une fois le frogomme payé (une folie), comme il n’a toujours pas assez dormi la nuit précédente (un fait récurrent, vous le constaterez), Antho regagne Hanson Place et m’offre mes premières heures d’autonomie New-Yorkaises.

Ce n’est pas que sa compagnie me déplaise, vous le savez bien. Mais les occasions d’être solitaire ont été les plus importantes dans ma vie, et j’en conserverai définitivement la saveur, et même le manque, un peu comme celle qu’on éprouve quand on est toxicomane. Ma drogue, c’est la liberté totale, celle qui vous incite à ne jamais vous ennuyer, à toujours trouver des occupations pour meubler l’absence de l’autre. Je suis expert en la matière. Et je peux donc m’accorder le luxe de découvrir seul les parages de Times Square. Musique sur les oreilles, les chaussures bien serrées, j’arpente les rues deux heures durant, je visite les magasins, je ne prends pas de photos, je n’ai pas pris mon appareil aujourd’hui, j’ai juste envie de m’en remplir les mirettes. Il est maintenant temps de rentrer. Car le passage au marché avait une raison. Ce soir, nous allons un peu plus loin à Brooklyn à l’anniversaire d’un nouveau copain français. Guillaume, 26 ans (encore 25 pour quelques heures), ébéniste, nous a invités chez lui. Un autre Sylvain – le patron de Guillaume – sera présent : pour ne pas se planter entre nous, je n’y couperai pas, à mon maudit surnom ! Camille est la première à me congratuler de la sorte. Tiens, son prénom me fait penser à une autre anagramme de basse-cour. Il y avait Lapin, il y a Poulet, il pourrait y avoir… « Ma Caille ». Je lui poserai la question avant de l’employer quand même à tout bout de champ : malgré ce qu'on peut penser, je suis un véritable gentleman.

Je rencontre Vincent, très classe, le french lover d’après ce qu’on m’a dit. Par contre, on me dit aussi qu’il adore s’habiller de pyjamas. Strange, isn’t it ? Je n'ai peut-être pas bien compris l'astuce. Ce soir, il a fait un effort, il a mis une chemise. Puis viennent Stéphane, Sylvain II, et Chris, un beau gosse black et ricain (et non pas Black et Decker). Le repas est européen dans l’âme, plus précisément franco-italien, qui oserait s'en plaindre. Guillaume s’est mis aux fourneaux pour mitonner un risotto fondant et parfumé… Délice ! A part moi, tous se ruent sur les fromages d’Anthony (grand bien leur fasse) et sur le pain savoureux qui l’accompagne, le tout arrosé par plusieurs bouteilles de vin, savamment choisies (eh, quand même, on est français, non ?). Le dessert, c’est un tiramisu… J’ai du mal à le croire, mais j’apprécie vraiment cet entremets, alors que je n’aime ni le café, ni l’alcool (moi, difficile ?). Le sien est crémeux, crémeux… (Françoise, tu devras m'en faire un à mon retour à L'Isle). Notre hôte incite à prendre du rab. Pas bien !

Deux cadeaux pour Guillaume, ce qui le ravit : un livre inspiré par la série « How I met your mother », et un sweater à capuche impression « Brooklyn », qui lui donne un look de caillera du 8-6, puisque le birthday boy est poitevin. On poursuit la soirée, on débarrasse, ca papote, ca fume, ca rit. Une bonne soirée « à la bonne franquette » comme disait Pagani. Pour terminer le tout, on trotte jusqu’à un pub français pas trop loin de là. Je m’en serais volontiers passé, trop petit, trop de monde, mais je suis en trop agréable compagnie. Nous ne veillons guère, ceci dit. Peu après minuit, on se sépare en rigolant. Bilan de la soirée : bien chouette.

Dimanche. Pas question de louper la messe, me dis-je au réveil… avant de me rappeler que je suis athée, Dieu merci, et que la matinée est presque terminée. Pas de gratte-ciels déboussolants, today. Anthony a décidé de m’emmener à la plage. Non pas pour me jeter à la mer, même si le ciel est clair et les températures clémentes, mais pour se promener. Coney Island, but de notre balade, est à une vingtaine de stations de métro de là. Nous serons accompagnés par Camille, une perspective pas désagréable du tout (mesdemoiselles, vous me connaissez, c’est tellement plus doux d’être en présence des femmes).

L’endroit est splendide. Le ciel bleu, haché de quelques cirrus blancs, nettoyé des autres nuages par le vent marin… La plage est immense. On longe le parc d’attractions, fermé pour l’hiver, on entend un groupe nous accueillir avec « A horse with no name » sitôt qu’on pose le pied sur la promenade de bois. Une jetée me rappelle « Requiem for a dream », et pour cause, nous sommes dans le quartier où ce film se déroule. Aurai-je jamais le courage de le voir en entier sans éprouver de nausées ?

Passons. Marcher dans le sable, se sentir coupable… Nous remontons la plage, je reste un peu à distance de mes compagnons. Autant quand je suis en ville, j’aime en faire le plus possible, presser le pas, visiter quinze trucs dans la journée, autant quand je suis dans la nature, je prends mon temps. Il n’y a pas grand-chose à voir, peut-être, mais inutile de se presser. Je sors mon carnet pour écrire un poème que je laisserai inachevé. Quelques kilomètres plus loin, l’appétit se fait vorace, et nous rejoignons une avenue de Little Odessa. Le quartier, qui s’appelle en fait « Brighton Beach », est ainsi surnommé car il est, depuis plusieurs décennies, l’enclave russe de New York. Je pensais – et j’ai dit à tort – que cela devait être depuis la révolution d’Octobre, et la fuite des Russes blancs, mais j’ai tout faux, le coin n’a pris ses allures cosaques que depuis une cinquantaine d’années, d’abord avec l’arrivée de survivants des camps de concentration, puis avec les persécutions soviétiques. Quoiqu’il en soit, on entend ici plus parler ukrainien que brooklynien, et c’est assez surprenant, voire déroutant.

Des restaurants, le quartier n’en manque pas. Le premier devant lequel on s’arrête n’est pas cher, à première vue… mais comme je l’ai dit plus tôt, j’ai horreur qu’on me force la main, et l’employé qui tente de nous faire entrer dans son établissement, c’est déjà un mauvais point. De plus, les prix des menus sont chers, très chers. Ce sera niet. Pas trop loin, un autre resto, plus discret, remporte nos trois suffrages. Bon choix, à n’en pas douter. Il y a du monde, bien qu’il soit déjà 14 heures 30 passées, et les lieux donnent une impression de quiétude et de confort. Les prix ne sont pas excessifs – plus chers qu’un hamburger, ça, c’est sur – et la quantité est gargantuesque. Nous mangeons et bavardons encore et encore, comparons nos plats respectifs (Côte de porc pour Antho, Bœuf Stroganoff pour Camille, Poulet Kiev pour Poulet… merde, je m’y mets aussi). Seul bémol dans ce repas tout à fait agréable : le serveur tente d’arnaquer Camille de dix dollars, quand bien même nous insistons sur la somme « thirty-five dollars » (35). Il lui fait payer « forty-five », soit 45. Vu la quantité de viande que nous avons avalée, il aurait du comprendre que le pigeon n’est pas un oiseau carnivore, et il se voit contraint de rendre un billet de dix dollars en compensation.

Quand nous ressortons, le crépuscule amorce déjà sa descente. Lapin a envie d’aller voir ce coucher du soleil, et après tout, c’est une excellente façon de passer le temps. Mais en remontant sur la passerelle, un air familier nous fait arrêter net. Une version anglaise de Joe Dassin ? Mais non. C’est un chanteur de rue – ou plutôt de plage -, un africain francophone qui fait son gig, micro dans une main, Iphone dans l’autre pour suivre les paroles… Bonne voix ! Nous l’écoutons sur deux Dassin et un Aznavour, et Anthony me voit hésitant. Pas besoin de lui expliquer.  J’ai envie d’aller chanter, et je n’ose pas aller importuner cet homme pour lui demander de me passer le micro. Camille et Lapin prennent les devants, et le chanteur me fait consulter sa liste de titres… A la demande d’Antho, j’interprète « Belle » devant cinq passants au départ, une vingtaine à la fin… Je suis à New York, je chante en public sous le ciel nocturne, la mer en face de moi. Le pied. Je suis en vie.

Par Sylvain Larue
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Vendredi 12 novembre 2010 5 12 /11 /Nov /2010 14:32

Décalé complètement, c’est les yeux affaiblis que je vous écris ce soir. Il est pour moi dix heures moins sept, je suppose qu’une bonne heure au moins sera nécessaire pour que je termine ce texte. Et pourtant, ne vaut-il pas la peine que je lutte contre le sommeil qui me gagne pour narrer l’émoi d’un Frenchie parti pour la première fois à la découverte de The Big Apple ?

Résumé des épisodes précédents. Oui, je sais, comme George Lucas, je n’ai pas encore écrit, ni même songé à des épisodes précédents. Mais quand bien même, est-ce une raison pour m’interrompre ? Sûrement pas. Alors, taisez-vous et laissez-moi poursuivre, bande d’impénitents malpolis. Résumé. Cela fait au moins trois ou quatre ans qu’Anthony, alias Lapin (vengeance ! maintenant, tout le monde sera au courant), mon grand frère de cœur, et autrefois mon éditeur, voulait faire un duo de New York avec toi en compagnie de ma personne. Une semaine peut-être pour croquer la grosse pomme, éventuellement séduire de peu farouches américaines, théâtre, ciné, l’éclate qu’on peut savourer (qu’on ne peut que savourer) dans la ville la plus impressionnante du monde ! Faute d’argent, de temps (ce qui revient au même), nous avons du retarder ce projet jusqu’à ce qu’au printemps, Anthony ne décide de quitter la maison d’édition pour voler de ses propres ailes. Un envol majestueux s’il en est : il a décidé de faire son nid pour six mois outre-Atlantique, à New York. Et son idée demeure toujours, inaltérable : le Sylvain qui lui sert de meilleur ami doit ABSOLUMENT venir passer quelque temps là-bas. J’ai hésité. Pas grever mes revenus, pas trop le temps, l’humeur en berne. J’ai hésité, oui. Mais nous avons fini par convenir d’un délai de trois semaines, courant novembre. Now.

Hier donc, transporté par mon autre frère Jocelyn à bord de sa Foxmobile dernier modèle (avec pare-chocs en scotch de série), je suis arrivé à 10h15 (heure de Paris) à Roissy pour me soumettre aux formalités d’un vol transatlantique, dans une campagne de prévention anti-piraterie aérienne renforcée. Utile précaution, bien qu’excessive de ma part : en moins d’une heure, tout était fait. Fouille, enregistrement, rayons X, toucher rectal (Mmmh, quel talent avec un gant, cf A.Kavanagh), non, je m’égare, et pas uniquement Saint-Lazare.

J’ai tué le temps qui me restait jusqu’à l’embarquement – vers 12h15 – pour un vol décollant à 13h. L’Ipod est vraiment une belle invention. Je m’installe bien sagement, aux côtés d’un autre français – mais un habitué des Etats-Unis, son anglais étant, au niveau de l’accent, quasiment « flawless » (sans défaut). Puis le gros porteur s’élance, et on décolle, tandis que subitement me vient une pensée de terreur – courte mais intense – qui pourrait me conduire à douter de la non-existence de Dieu. Mais nulle panne, nulle avarie. Le vol est long (environ 7h40), et donc à meubler, mais parfaitement calme. Je lis le dernier Nicolas Le Floch, je remplis la fiche destinée aux douanes, je dors deux bonnes heures, sage décision, l’excitation finale m’ayant occasionné une nuit gris clair les heures précédentes (une nuit gris clair n’est pas tout à fait une nuit blanche – on dort entre 0 et 3 heures au total). Finissant le trajet en regardant Avatar sur l’écran personnel de mon fauteuil, je pose pied à Philadelphia. Il est 15h40, heure locale, toujours 21h40 à ma montre. Welcome to the USA. Contact avec la douane locale. Curieusement, l’accueil est tout sauf maussade. L’employée qui m’accueille est une forte jeune femme, très forte même, mais très souriante aussi, et qui me demande franchement quelle profession j’exerce pour avoir les cheveux vert émeraude… Vous auriez fait quoi à ma place ? J’ai ri de bon cœur avec elle !

Ah, mes cheveux ! Dans cet aéroport, ils ont été sujet de sourires. Point méchamment moqueurs, j’en suis certain. Mais sourires curieux, appréciateurs, taquins. Cette jeune black, plutôt mignonne, qui me dit : « Monsieur, vous avez un peu de vert sur la tête » avant de rire aux éclats… Après avoir confié ma valise à ses collègues, je repasse devant elle, qui m’adresse un clin d’œil, un sourire extra-large et un petit bye de la main ! Nouveau portique des douanes, scanner, vous voyez le topo… Nos douaniers devraient prendre exemple plus souvent sur leurs confrères américains. Au moins, les Yankees n’ont pas l’air miséricordieux du pitbull à qui, par jeu, on vient d’enlever un os à moelle de la bouche…

Formalités, accès par navette au terminal F pour le second avion… Le tout prend bien une heure vingt sur les deux heures d’escale. Enfin, me voilà près de l’embarquement du vol Philadelphia/ La Guardia (Baptisé du nom d’un ancien maire de la ville, c’est le plus petit des trois aéroports de New York). L’avion est petit (40 places), et l’accès directement par le tarmac, ce que je n’ai jamais eu l’occasion de faire alors. Le vol est retardé d’un bon quart d’heure, et pour la seconde fois de la journée, à 18h00 passées, je quitte le sol, un peu effrayé, les yeux rivés sur le hublot et sur le sol qui devient subitement lointain, lointain, lointain… Devant moi, un bébé de trois mois environ ne cesse de pleurer que pour regarder ma tête d’un air un peu ahuri. A mes côtés, une brunette au look décontracté (casquette de gavroche, jeans, Dr Martens) me dit « I like your hair ». Les aventures du Frenchie aux cheveux verts seraient-elles en passe de devenir le buzz américain du moment ? Elle est mignonne, cette fille. Dommage, je suis trop intimidé – et trop excité par le voyage – pour oser une approche. J’observe le paysage sous moi. Des autoroutes où les voitures forment des lignes lumineuses presque continues tant le trafic est dense. Des stades éclairés, taches vert pomme au milieu de l’obscurité ambiante. Des forêts, des parcs, sont des zones d’ombre impénétrables, mais moins que les étendues d’eau qui sont nombreuses dans cette région côtière. Je m’apprête à demander la distance qui sépare Philadelphia de New York à ma voisine quand soudain, au loin, je vois la côte s’incurver vers la gauche, vers l’est, formant un chenal d’eau assez large. Et sur l’autre rive, je commence à voir les constructions prendre des proportions de plus en plus exagérées, les immeubles sont immenses, démesurés. Manhattan est devant moi. Et je suis à deux doigts de pousser un cri d’excitation. Putain de merde. Ca y est, j’y suis, là, je suis à New York !

L’avion survole Brooklyn, oblique, fait un cercle tout en descendant… On se pose sans encombres sur la piste, on quitte l’appareil et hop, direction le terminal. Je ne cherche pas longtemps Anthony, jouant les Jeanne Mas (il est habillé en rouge et noir) assis en train de prendre des notes sur un banc public, banc public, banc public… L’accolade est longue, franche, voilà trois mois que je ne l’ai pas vu et ça m’a bien manqué. Le bavardage peut commencer, et pour ceux qui nous connaissent, ils savent que ce n’est pas un vain mot ! On récupère ma valise, on trouve un taxi. Le taximan est un con. Antho doit lui répéter l’adresse au moins quatre fois – chaque fois d’une manière différente – pour qu’il saisisse l’endroit où il doit nous mener, et je dois à mon tour vociférer « Stop here » pour qu’il comprenne enfin où nous déposer. Ne remettez pas la qualité de notre anglais en cause, ceci étant. Lapin lui file un pourboire pas mérité du tout. Nous sommes un peu loin, ceci dit, et je dois batailler avec ma valise, laquelle pèse 19 kilos et n’a plus qu’une poignée sur trois, sur environ 300 mètres. J’alterne le porter d’une main (droite, puis gauche) avant de la prendre sur l’épaule, et au final, de la transporter dans mes bras. 75 Hanson Place, je ne trouve pas trois adolescents en train de chanter « Mmmbop » (auquel cas je les aurais frappés à coups de valise), mais je découvre l’appartement qui va m’héberger trois semaines : sympa, tranquille, servant de studio de radio au propriétaire. Nickel chrome !

On m’a nourri dans l’avion ; correctement, sans plus. J’ai faim (vous pouvez me tutoyer et me dire que je suis lourd). Direction un resto chinois, une portion d’ailes de poulet et de riz sauté chacun. Pas diététique, mais comme m’a dit Claire, mange bien, parce que là-bas, question marche, tu vas éliminer ! Un muffin comme dessert, et hop, retour à l’appart, histoire de consulter mes mails et de ronquer. Ce que je fais. De 22h30 à 7h. Je dors. J’ouvre les yeux. Une seconde pour réaliser la chose à nouveau. Je suis à New York.

On avait prévu, Lapin et moi, de se lever à 10h. Grand max. Mais là, le voilà aussi frais et réveillé que moi. Son but pour mon séjour : que je me laisse porter, décontracté, au fil des jours, et que je joue le roi assez souvent. En gros, il fixe des quartiers où aller, à moi si j’en éprouve le désir d’entrer dans tel magasin ou dans tel autre, ou d’aller manger un morceau, ou de braquer une banque (après tout, le roi fait ce qu’il veut, non ?)

Il n’est donc pas neuf heures quand on quitte l’immeuble, direction le métro pour trois stations de trajet. Aujourd’hui, on visite la pointe Sud de Manhattan : Wall Street et le quartier des affaires. Mais d’abord… (Qui a dit Tchitchi ?)… le pont de Brooklyn.

 

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Ben oui. Sinon, comment voulez-vous rallier Brooklyn à Manhattan ? A la nage ? J’emprunte donc ce pont immense, tout en commettant le sacrilège de fredonner, en parcourant sa passerelle (piétons/cyclistes) : « Le petit pont de bois ». Anthony me confie le rôle de photographe officiel de sa personne chevelue, tâche dont je m’acquitte en râlant la plupart du temps. Venir de France aux Etats-Unis pour jouer les Japonais, y’a de quoi se la prendre et se la tremper dans l’encre de Chine, non ? Le panorama est à tomber. Dans le soleil matinal, on voit les sommets des plus hauts buildings. Je reconnais le Woolworth à deux pas, je distingue, assez loin au Nord, les pointes de l’Empire State et du Chrysler…

Il suffit de passer le pont, c’est tout de suite l’aventure. Lapin s’étonne : il n’y a pas foule. C’est relatif dans une ville aussi peuplée, mais c’est vrai qu’à cette heure-là, les passants ne sont pas aussi nombreux qu’on pourrait s’y attendre. Bon, ok, les gens normaux, à 9h50 du matin, travaillent. Nous profitons donc de ce calme pour cheminer vers Broadway. Pas de Times Square aujourd’hui, juste la partie la plus méridionale de cette avenue immense. Comme on se sent petit là-bas ! Les immeubles, tous immenses, jettent une ombre sur les rues qui les séparent les uns des autres. Sinon, ça et là, des lilliputiens entourés d’arbres et de pelouses narguent les Gulliver de cinquante étages. La mairie par exemple, ou bien les églises.

Je marque une pause. Je suis épuisé. Je vais essayer de terminer ce récit avant d’aller m’effondrer au lit.

A ce sujet, Antho veut me faire visiter une église, mais celle-ci est fermée. Rien d’étonnant, car il est encore assez tôt. Qu’a-t-elle de si particulier ? Il s’agit de la chapelle Saint-Paul, le plus ancien bâtiment demeuré intact depuis sa construction il y a presque 230 ans… Ce lieu de culte a survécu même à l’effondrement des Twin Towers qui se trouvaient… juste derrière lui. On quitte donc Broadway pour le Ground Zero.

 

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Un chantier énorme occupe l’emplacement du World Trade Center détruit en même temps que plusieurs milliers de vies par l’intolérance humaine et la folie soi-disant religieuse. Si tous les intégristes du monde pouvaient se donner la main pour se jeter dans un abysse… Je prends en photo le futur immeuble géant en construction, haut de plusieurs dizaines d’étages déjà. Quand il sera achevé, il mesurera 541 mètres, soit 1776 pieds (date symbolique de l’indépendance américaine), et sera le plus haut building de la ville, presque cent mètres de plus que l’Empire State Building. Nous quittons ensuite ce théâtre du désastre pour retourner vers le Sud de l’île. Au bout de Broadway, je reste interloqué. Ce bâtiment me rappelle quelque chose… Mais bien sûr ! Ghostbusters II ! Il s’agit de l’ancienne direction des douanes, devenue musée et théâtre des méfaits de Vigo, le fléau des Carpathes et roi de la pomme de terre. Curieux : je le voyais bien plus au nord ! La statue de la Liberté a fait un sacré détour pour en casser le dôme vitré avec sa torche, y’a pas à dire ! Pas très loin de là, je vois un autre immeuble vu au ciné : le bâtiment qui serait le QG des Men In Black. Pareil, je ne le voyais pas à cet endroit. Je vais me régaler, point de vue recherches, si je compte retrouver chaque bâtiment qui m’a marqué dans les films !

Voilà Battery Park, l’extrémité verdoyante de Manhattan. Et de sacrés compagnons de route, en la personne d’écureuils gris. Pas bien farouches, les rongeurs, ils s’approchent de vous et se dressent si vous tendez la main. Dès qu’ils comprennent que vous n’avez rien à leur donner à manger – ce qui n’est pas si long que ça -, ils font demi-tour, et foncent fouiller les pelouses et les feuilles mortes pour y dégotter un minimum de nourriture…

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Et là, je n’en peux plus. Je poursuivrai mon récit demain.

RNFL… RNFL…

Il est 7h20, je suis sorti de mon lit depuis près d’une demi-heure. Continuons.

Dans les allées de ce parc, des statues vivantes, imitateurs costumés et grimés de Lady Liberty, qu’on distingue au loin dans la baie. Au pied d’un monument apparemment dédié à des marins hollandais, une équipe de télé en tenue traditionnelle batave fait un reportage. Je souris face à leurs costumes, mais oserais-je me moquer ? Moi, qui arpente les rues de New York en camaïeu de violet ce qui, à la stupéfaction ravie de mon frère, attire les regards plus souvent qu’on ne pourrait le croire dans cette ville où tout le monde a déjà tout vu ? Photos, demi-tour en longeant l’Hudson River ; on gagne South Street Seaport. Un magasin des Yankees m’attire. J’en ressors avec une mini-batte de baseball (elle me sera pratique tôt ou tard, j’en suis sur) et la certitude d’y retourner bientôt pour une casquette pour Mister Johnny. De là, on regagne Broadway. Antho est assez concerné par le temps. Il tient absolument à ce que je profite de la première journée pour prendre le ferry de Staten Island (de jour) pour revenir à Manhattan (de nuit). Voyage gratuit, et long d’une heure (aller-retour) puisque l’île en elle-même, me précise-t-il, ne comporte rien de très intéressant. Mais il faut qu’au plus tard, nous soyons dans la gare d’embarquement à 16h. Pas d’affolement, Lapin, il est encore tôt, et je suis du genre à user de mes jambes avec la vélocité d’un basset hound (ne vous marrez pas, ça court plutôt vite, ces saucissons sur pattes). Je m’arrête devant un magasin de jeans. C’est à hurler. Prix moyen d’un Levi’s : 25 dollars. Soit 20 euros. Pour un jean qu’on trouve en France à près de 100 euros. L’avis maternel et Anthonien est retenu. Durant mon séjour, je m’achèterai au moins deux futals. Les miens ressemblent à des montgolfières tant je flotte dedans.

Magasins de fringues, de chaussures… L’heure du déjeuner est là, et les yuppies sortent de leurs ordinateurs pour manger. Ca embaume les plats à emporter un peu partout. On prévoit de manger dans quelques minutes. Mais d’abord, on trotte. Assez vite, non pas que nous soyons pressés outre mesure, mais simplement parce que je suis comme ça. La vie passe trop vite, il existe des occasions de prendre son temps (en compagnie d’une femme, notamment), mais je suis enivré par le speed de cette cité, et je suis pris d’un appétit féroce, l’envie de tout consommer autour de moi, de voir à m’en faire péter les mirettes, de ne pas perdre une seconde… Chinatown n’est qu’un passage (mais là aussi, pas question de ne pas y retourner) car j’ai envie de manger rital. Et dans cet univers cosmopolite, l’Italie et la Chine sont voisines. Here you are, Little Italy ! Anthony me dit qu’on ne pourra pas monter plus haut dans l’île aujourd’hui. Qu’à cela ne tienne. On va déjeuner et on repart dans l’autre sens. A l’entrée des restaurants, des serveurs vous abordent, souriants, aimables, pour vous faire découvrir leur menu, mais je n’aime pas qu’on me force la main. Je fais donc halte devant un établissement dépourvu de ce genre de rabatteurs. Bon choix, apparemment. Il est petit, presque plein, des photos de célébrités autographiées sont collées sur les murs. Et je ne capte le nom qu’en y entrant : « Amici II », donc « Amis deux ». Y’a des signes du destin, ne croyez-vous pas ?

Les lasagnes… Vous savez qu’elles constituent l’un de mes pêchés mignons. Une portion pour chacun, chef ! San Pellegrino dans le verre, parmesan frais rapé sur le plat… J’ai eu l’occasion de déguster des lasagnes formidables, et celles-ci sont dans le top 3 (je pense avec celles d’un restaurant niçois et celles de ma belle-maman, Françoise). Pour le dessert, c’est dans la rue (non, pas dans moi). Les cannoli sont des tubes de pâte fourrés d’une crème à la vanille… Vus et revus dans les films, mais jamais dégustés. Si j’en crois les chinois, en mangeant ce plat encore inconnu de mes papilles, je viens de gagner 75 jours de vie. Si on peut vivre vieux en mangeant d’aussi bons gâteaux, je suis preneur. Seul inconvénient (mineur) : on se fout du sucre glace de partout !

Broadway, 3e fois de la journée. La Chapelle Saint-Paul est ouverte, alors on y go. Ou plutôt moi tout seul, Antho veut aller méditer dans le petit cimetière qui le jouxte. J’apprends donc l’histoire de cette église. Sise au pied de Ground Zero, comme je le mentionnais plus haut, elle est demeurée presque intacte, juste envahie de remblais et de débris après l’effondrement des tours. Les New Yorkais ont vu un symbole d’espoir dans la survivance de cette chapelle vieille de deux siècles rescapée du cataclysme. C’est devenu le lieu de pèlerinage pour se rappeler des morts du 11 septembre, l’endroit où volontaires vinrent dormir pendant les neuf mois où le terrain fut déblayé, un espace de soutien et de prière. Je ne suis pas croyant, je le répète, mais je suis touché par le souvenir et l’apaisement de ces murs de vieille pierre. Un instant de calme presque irréel au milieu de l’agitation de la journée. Je rejoins Antho, m’asseyant à ses côtés avec ces mots : « Pardonnez-moi, mon frère, parce que j’ai pêché… » ce qui le fait rire. Allons, trottons, le bateau nous attend.

A la gare pour Staten Island, un Japonais joue de la guitare. Je m’amuse à mystifier Lapin en lui faisant croire que je connais déjà l’artiste par son nom (Kubo Shogo, lequel est affiché à une dizaine de mètres de lui) et avec un jeu de mots lamentables sur son cousin, Lacho. Panne du ferry ; il faut attendre vingt minutes pour le suivant. Tiens, ça me rappelle le RER mais en mieux. Ah, foutus horaires ! Comme il faut bien s’occuper en attendant, je contemple la poitrine avantageuse d’une jeune passagère. Il est des hommes saints, je suis un homme « seins ». Ne me jetez pas la pierre.

Le navire quitte Manhattan sous le crépuscule naissant. Je fais des photos pas trop mauvaises sur la ville derrière moi, et le soleil semble vouloir, en se couchant, faire concurrence à la flamme de Lady Liberty.

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Vingt-cinq minutes de traversée, puis c’est le retour directement, la nuit est déjà là, et à mesure que les gratte-ciels étincelants se rapprochent, lumineux, néons verticaux faits pour défier le ciel, je me sens l’âme d’un émigré arrivant pour la première fois en vue de la terre promise, à l’aube d’une nouvelle vie. L’Amérique serait-elle l’élément nécessaire pour accomplir ma renaissance ? Anthony semble le penser. Tout au long de cette journée, nous avons parlé, parlé, élevant le ton parfois, mais la lutte est nécessaire pour me faire entendre raison, ou bien pour me faire admettre des faits dont je n’avais pas conscience. Le retour à Brooklyn se fait plus lentement, il est épuisé, et moi guère plus frais, bien que je ne veuille pas le reconnaître et jouer les bravaches. La discussion se poursuit autour du repas du soir, et ce n’est que parce qu’il a l’habitude de la vie New-Yorkaise qu’il veille plus tard que moi. Les rôles, pour une fois, sont inversés. Quand je me couche, c’est pour m’endormir illico et profondément, crevé mais ravi. « Best first day ever », disais-tu, Lapin ? Je ne te contredirai pas là-dessus, crois-moi.

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Par Sylvain Larue
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Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /Août /2010 03:35

J’ai honte. Mes bibliothèques sont pleines, mais nulle part on ne trouve les œuvres de ce trublion de l’encre de Chine… Pourtant, quand j’y pense, il était déjà présent à l’âge tendre où je commençais à peine à lire, et il fait même partie des premiers auteurs qui m’ont inspiré du plaisir… Vous avez deux minutes ? Retour dans ma vidéothèque personnelle de souvenirs d’enfant. Non, pas en VHS, Betamax ou DVD. Les images qu’on garde en tête, les séquences dont on est le héros.

C’était il y a presque un quart de siècle. J’étais en maternelle et à la différence des autres pitchouns, j’avais trouvé en ce monde une activité qui me ravissait autant que les jouets. Un livre, pour un gosse, n’a rien d’intéressant à première vue. Rébarbatif à l’extrême, même ! Mais j’apprenais doucement à les manipuler, à les lire, à les comprendre, si tant est qu’un gamin de quatre ans puisse comprendre tout ce qu’il lit.

J’avoue : on m’a aidé. Mon grand-père, en particulier, a largement contribué à cette faculté (de plus en plus fréquente de nos jours ; mais, perverse balance, s’il y a plus d’enfants qui savent lire avant le CP, il y a de plus en plus de gamins illettrés à l’âge du collège). J’étais sur ses genoux quand il lisait le quotidien, et j’étais chez lui, dans le salon de télévision, à l’heure des Chiffres et des Lettres, émission dans laquelle le système oral faisait merveille : grâce à la voix de Patrice Laffont, qui énonçait les lettres à mesure qu’il les plaçait devant lui sur le pupitre, j’avais fini par différencier les voyous des voyelles et les consonnes des cons qui entrent sans y être invités. Mais je m’égare.

Bref, quand j’ai commencé à lire d’une traite sans ânonner les phrases que je déchiffrais, je me suis mis en quête de lectures plus attrayantes. Et qu’est-ce qui attire plus un enfant que les dessins ? Je me suis donc fait des orgies de bande dessinées dans les collections paternelles. Les classiques, bien sûr, Tintin, Astérix, Boule et Bill… Mais il existait, à l’écart des autres, un tas de BD, une quinzaine au plus. Pourquoi les avoir isolées de la sorte ? La moitié d’entre elles retiennent mon attention. Le trait est gras, le dessin moins joli que ceux que j’ai pu voir jusqu’alors. Mais je me laisse prendre par ce style si particulier. Je ne comprends pas tout, loin de là, mais certains dessins et les légendes qui les accompagnent provoquent mon hilarité…

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C’est ainsi que je fais la connaissance de Jean-Marc Reiser. Ou plutôt de ses œuvres.

Pause culture : pour l’histoire, Reiser était l’un des dessinateurs les plus caustiques qui ait jamais été publié par la presse. C’était un petit Lorrain, né pendant la guerre, livreur de vins, publié à 17 ans sous le nom de plume de JIEM. Puis en 1960, le journal Hara-Kiri (putain, quelle époque) naquit, et ce fut l’occasion pour lui, à 19 ans à peine, de se déchaîner. Il dessinera aussi dans Pilote (un peu moins violemment) puis à la mort d’Hara-Kiri (eh oui, se foutre du général de Gaulle de façon posthume, seppuku trop pour la censure), il sera l’un des piliers de Charlie-Hebdo. Deux de ses livres ont connu des adaptations médiocres au cinéma. A voir à titre de curiosité, car rien ne vaut « Gros dégueulasse » ou « Vive les femmes » en version papier. Oh, on peut lui reprocher une qualité picturale moyenne (pour reprendre le phrasé des pompeux critiques d’art infoutus de vivre, eux, de ce talent qu’ils ne possèdent pas) mais un sens du comique, rude comme une baffe dans la gueule, de l’humour noir label années 70-80 comme on n’en fera plus… Jamais de dessin franchement politique, pas de caricature d’un ministre ou d’un député. Mais du mauvais goût brut, pour faire rire ou grincer des dents, au choix. Il n’y a que Vuillemin qui ose encore vraiment aller dans cette voie, sinon plus loin, mais perso, même si j’adhère, j’aime déjà moins.

Un jour, (j’ai alors quatre ans), ma mère reçoit un couple de connaissances. Leurs enfants et moi sommes gardés par la même nounou. Les gens sont charmants, aimables… et très croyants. Mais ça, je n’en sais rien. C’est l’heure du thé, ou de l’apéritif, je ne sais plus. Je dois rester auprès des adultes en croquant quelque biscuit. Evidemment, entre parents, la conversation tourne inévitablement autour des enfants… C’est un peu à qui dira le plus de bien de ses rejetons. Bien excusable. Vient alors l’instant où Claude annonce, un peu fière quand même, que je sais déjà lire. Et les invités de s’esbaudir :

« Si jeune ! Oh, c’est formidable ! »

Enfin, ce genre de choses…

Tout content de voir qu’on parle de moi, je décide de prouver la véracité des affirmations de ma mère.

« Oh, oui, je sais lire, et je lis même les livres de Papa. »

Joignant le geste à la parole, je tire de la bibliothèque isolée le tome « La vie des bêtes ». La couverture représente déjà un chien joyeux en train de danser, et qui, s’agrippant d’une main à la patte d’une cigogne mécontente (y’a de quoi), la tire avec tant de force vers le bas que la peau se défait à la manière d’un collant, et  les os saignants apparaissent.  Tout un programme !

Un ange passe, mais il vole trop haut, je ne le vois pas. Mon père sent la connerie imminente, mais n’intervient pas. Je suis trop rapide. J’ouvre le livre, tourne juste trois ou quatre pages, et je m’arrête face au dessin qui me fait alors le plus rire. Il représente un rhinocéros face à un médecin. L’animal a la corne énorme et rouge vif et il pose au praticien une question que je me hâte de lire en prenant, petit cabot que j’étais déjà, le ton nasal des gens rhino-pharyngiteux :

« Dites docteur, vous croyez que j’ai un rhume de cerveau ou une chaude-pisse ? »

Ben oui, à quatre ans, on aime l’humour pipi-caca, alors c’est sûrement le mot pisse qui me fait rire. Je ne sais rien à l’époque de la blennorragie (et je n’en sais toujours rien : soyez pas cons, protégez-vous, vous la garderez plus longtemps, et en meilleur état).

Les réactions des adultes sont intéressantes. Le sourire des invités devient quelque peu crispé, ils continuent à dire « Oh, qu’il est mignon ! » mais ce n’est plus aussi sincère qu’avant. Claude, elle, a une grande envie de se transformer en courant d’air. Et Roger, lui…

Ah, Papa, qu’est-ce que tu t’es fait engueuler ce jour-là ! Parce non content de ne pas me gronder, à la seconde où j’ai fini de lire ma phrase, tu t’es excusé sommairement avant de foncer dans la cuisine pour y hurler de rire. Tu m’as transmis cette fonction « fou rire », et je crois savoir que ma sister Claire en a aussi hérité… On nous entend de loin, les Larue, quand on rit ainsi. On est rouge comme un gratte-cul, on a les larmes qui sortent toutes seules, et ça peut durer dix ou quinze minutes, jusqu’à en avoir mal… Tu n’as pas battu ton record de durée ce jour-là puisque Maman vient te chercher dans la cuisine pour t’enguirlander :

« Et tu me laisses toute seule ! La honte devant ces gens ! Tout ça pour aller te marrer ! C’est ta faute avec tes BD ! »

Patin, couffin… Nos invités sont partis, montre en main, cinq minutes après ma petite présentation de Reiser. Puis la dame est morte, deux ou trois ans plus tard. Un triste soir, chez nos amis communs, pour une brave femme qui ne méritait pas de partir aussi vite (elle avait quarante ans au plus). J’ai néanmoins la faiblesse d’y croire que je n’y suis pour rien.

Quoiqu’il en soit, je remercie Reiser pour ce souvenir que j’ai entendu maintes fois raconté par Roger, qui le garde précieusement comme l’un des moments les plus drôles de sa vie de père. Et moi, maintenant, quand j’ai l’occasion de relire ces BD, les thèmes inconnus d’autrefois sont devenus plus savoureux. Plus amers aussi, puisque j’ai pu constater à quel point ce dessinateur brocardait des sujets de société pas si éloignés de la vie d’aujourd’hui, il y a trente, trente-cinq ans… Le monde n’est qu’un recommencement. Sans doute il se serait répété à force de voir toujours les mêmes choses dans l’actualité, le manque de liberté, les élections où on vote à tort et à travers, les délits de sale gueule, les modes toujours plus dictatoriales… Mais il n’en a pas eu l’occasion.

 « Chez Reiser, dans son œuvre impie, le cynisme et la trivialité graveleuse le disputent à l’ineptie pathologique d’un monde fantasmagorique répugnant, qui se gausse des plus sombres misères humaines et souille, dans le même bain de fange nauséeuse et d’inextinguible haine, Dieu, les anciens combattants, les syndicats, l’église, les déportés, ma sœur, la semaine de trente-neuf heures, les congés payés, la SPA, la bombe atomique, et même Madame Grace Kelly qui, je l’espère, n’est pas à l’écoute aujourd’hui, elle qui a horreur de la vulgarité. »

Appréciable résumé du non moins appréciable Pierre Desproges le 8 novembre 1982, qui prononçait la péroraison de son réquisitoire contre Reiser, lequel jouait ce jour-là le rôle d’accusé au Tribunal des Flagrants Délires.

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Dieu, ou Allah, ou Yahvé, ou Jéhovah, ou Emile, je ne suis pas sectaire, devait être à l’écoute de France Inter, ce jour-là. Est-ce qu’il ignorait qu’il se faisait malmener, par dessin interposé, par le petit Jiem, et ça lui a pas plu ? Ou bien est-ce qu’il s’est dit qu’un dessinateur virulent, ca manquait en son paradis ? Toujours est-il qu’il lui a cloqué une des petites saloperies dont il a le secret. Un truc qui s’appelle le cancer des os. Alors, moins d’un an plus tard, au terme de quelques mois de souffrances et après un dernier dessin, Reiser a rangé sa plume, et il a fermé les yeux pour casser sa pipe… C’était le 5 novembre 1983, et il avait atteint l’âge canonique de 42 ans.

Cinq ans plus tard, le Seigneur, dans son infinie bonté, envoyait un truc similaire à Desproges. Peut-être n’avait-il pas digéré qu’on se moque de Grace Kelly. De toute façon, un comique de son niveau, si anticonformiste, ça ne pouvait que faire bien à Sa table. Une table à laquelle on est toujours assis à la droite de Dieu. Eh, forcément, c’est la place du mort.

Dommage qu’il n’existe plus d’équivalent à Reiser aujourd’hui.

Mais peut-on s’étonner qu’on ne trouve plus des gens pour secouer les paniers de crabes ? A trop dénoncer par l’humour, on en meurt. Professionnellement ou biologiquement, mais le résultat est le même. On se fait détester, ou bien on se fait foudroyer – en passant au préalable par les affres de la chimiothérapie, histoire d’avoir un avant-goût de cet enfer qui n’existe pas. Et quand on y pense, Dieu a l’habitude. Il a envoyé son fils unique sur Terre, pour le voir se faire tuer au nom de ses idées. Ca doit être pour ça qu’il rend la pareille à ceux qui l’ouvrent trop grand. Dieu doit être un petit rancunier.

Par Sylvain Larue
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Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /Août /2010 00:24
Nous sommes une fois encore arrivés à un moment de notre histoire où la vérité peut être définie ainsi : « Ce que vous parvenez à faire croire aux autres. » La méthode pour créer une telle croyance se base sur la répétition. Affirmez quelque chose suffisamment souvent et cela deviendra la vérité aux yeux de millions de personnes. Je suis monté comme un taureau. C’est pour cette raison que le contrôle des médias équivaut à une domination totale du peuple. Je suis monté comme un taureau. Et c’est aussi la raison pour laquelle une chaîne télévisuelle d’informations dirigée par l’Etat est une chose extraordinairement dangereuse. Je suis monté comme un taureau. Pareille chose existe déjà, et d’aucuns diront que toutes les chaînes de télévision sont en réalité des extensions secrètes de notre gouvernement. Je suis monté comme un taureau. Le fait qu’outre la télévision publique, la majorité des chaînes privées soient dirigées par des grands patrons, au mieux avec nos dirigeants, est souvent utilisé comme preuve de ce complot médiatico-politique. Je suis monté comme un taureau. Bien entendu, ce fait serait sans la moindre conséquence si les mensonges rabâchés qu’on cherche à instiller dans l’inconscient collectif étaient simplement amusants ou, au pire, stupides. Je suis monté comme un taureau. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Je suis monté comme un taureau. Le radotage de palinodies et de contrevérités en vue de gains politiques n’est en aucun cas dépourvu de conséquences. Je suis monté comme un taureau. C’est pour cette raison que chacun d’entre nous doit user des ressources dont il dispose pour faire connaître la réelle vérité. Je suis monté comme un poney.
Par Sylvain Larue
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