Jeudi 17 avril 2008 4 17 /04 /Avr /2008 03:26

J'ai fondu en larmes. Je n'y pouvais rien. Sur les conseils d'un ami, je suis sorti m'isoler et j'ai pleuré de plus belle, à l'abri des regards.
Une fois de plus, mon esprit romantique s'est emballé, il a pris le pas sur ma raison. Cette dernière a repris le contrôle, et elle m'a fait faire preuve de franchise. Je suis donc allé voir, pendant cette soirée, celle pour qui mon coeur battait, et me suis exprimé à peu près en ces termes:
"Depuis quelques temps, tu te montres gentille avec moi. Tu l'as toujours été, mais là, ça atteint un niveau de tendresse auquel je ne suis pas habitué. Je suis un coeur d'artichaut, il n'en faut pas beaucoup pour me faire tomber amoureux. La question, c'est, est-ce que tu le fais par douceur, ou bien vois-tu en moi quelque chose de plus qu'un ami ?"
Elle s'est montrée franche : et la réponse fut bien celle que je redoutais.
J'ai souri tristement, j'ai dit que ce n'était pas grave. J'ai gardé ce masque pendant une vingtaine de minutes, et puis j'ai craqué.

"Quel blabla ! Il s'est pris un vent ? Et alors ? Ca arrive à tout le monde !"

Je ne dis pas le contraire. L'amour est une loterie. Mais dans une loterie, quand on perd, on regrette un peu. Un point c'est tout. En amour, c'est différent. Et quand on est sensible comme moi, un échec devient un drame.

Moi, je me suis fait une habitude de tomber amoureux de celles qu'il ne faut pas. Et à chaque rejet, je me replie un peu plus dans une carapace. Oh, elle ne couvre pas toute ma personne. Je ne cesse pas d'avoir des amis pour autant, je ne m'isole pas dans mon appartement en refusant de voir du monde, même si l'idée me traverse l'esprit. Mais je me renferme sentimentalement un peu plus à chaque fois et je sens se rapprocher le jour où, après un ultime refus, je deviendrai définitivement hermétique à l'amour sans y avoir goûté une seule fois.
Qu'on le veuille ou pas, le travail et les loisirs n'occupent qu'une partie de l'esprit. Le bonheur de se sentir aimé comble le reste. Pour moi, cela semble une chose impossible à connaître. On m'apprécie, mes proches m'aiment bien. Mais pas une femme qui daigne m'accorder autre chose que de l'amitié.

J'occupe la place la plus enviable et la plus horrible qui soit. Il ne faut guère de temps aux jeunes femmes qui m'entourent pour m'apprécier. Mais elles me voient comme un confident, je dirais même un frère auprès de qui épancher leurs chagrins, leurs soucis. Il me souvient d'une demoiselle dont j'étais fou, à l'université. Nous sommes restés inséparables une année durant. Celle-ci est venue m'annoncer un lundi matin, que pour la première fois, elle avait sauté le pas avec son petit copain et qu'elle lui avait offert sa virginité.
Je pense qu'elle m'eut fait moins de peine si elle m'avait tiré une balle dans la tête.

Vous n'avez pas été si nombreuses que cela, mesdemoiselles, à faire battre mon coeur ces dix dernières années. Moins d'une douzaine, je dirais. Vous me plaisiez physiquement, vous m'intéressiez mentalement, j'étais aux anges à vos côtés, vous étiez des amies dont je rêvais comme amantes en même temps. 
Les deux uniques compagnes que j'ai eues dans ma vie, je n'en étais pas amoureux. Je me sentais bien avec elles, elles me plaisaient quelque peu, oui, mais quand les choses se sont finies entre nous, je n'en ai pas éprouvé un si vif chagrin que cela.
Avec ces deux demoiselles, tous mes sentiments restaient à quelques degrés inférieurs par rapport à ceux éprouvés pour celles que j'ai aimées en vain.

Je sais ce que je suis, je sais mon allure ronde et joviale, je sais que je ne suis pas un Apollon. La question qui me taraude le plus l'esprit est la suivante : pourquoi la majorité d'entre vous se retrouve-t-elle toujours en couple avec des cons ?
Ne niez pas l'évidence. Vous aimez le garçon qui parle foot, voitures, qui ne manifeste pas une once d'intérêt pour ce que vous faites. Le nase de base, en résumé. L'inintéressant maximal qu'on trouve à chaque carrefour.

Et  donc, après vous être installées avec ces rebuts dégénérés, vous n'avez de cesse de pleurer sur les épaules des bonnes pâtes comme moi, des hommes plus doux, à l'écoute, qui ne vous prennent pas pour des connes à tout bout de champ et partagent au moins un centre d'intérêt avec vous, quand ce n'est pas plusieurs.
Est-ce que vous vous êtes rendues compte, mesdemoiselles, que les hommes comme ça, les hommes comme moi demeurent malgré tout des hommes ? Ils ont besoin qu'on les aime, ils ne sont pas là pour faire joli ou pour remplacer le divan et l'oreille du psychanalyste. Ils savent se contenter des miettes d'affection que vous leur prodiguez mais ils en souffrent terriblement de ne pas avoir plus.
De votre côté, vous souffrez aussi de l'incompréhension totale de votre "amant". La douleur peut être physique, dans le cas où vous soyiez tombée sur un violent qui ajoute à son C.V. de gland la mention "je bats ma femme". Pourtant, vous ne le lâchez pas. Par amour, par bêtise, par peur ? Peur de quoi ? De ces lâches qui vous menacent à tout propos, vous frappent le cas échéant ou bien qui disent qu'ils vont se suicider si on les largue ? Ils n'en ont jamais le courage.

Les mecs comme moi, si.

Quand ils ont les yeux rouges d'avoir trop pleuré sur une tendresse jamais obtenue, quand leur coeur se fait sec à jamais, sans un mot, il leur arrive de s'en aller prématurément. Ils ne font pas publicité autour de leur fin, ils se contentent de choisir la date et le lieu où la mort passera les prendre et c'est dans la discrétion la plus absolue qu'ils quittent le monde.
Ce sont ces mêmes hommes qui seraient prêts à sacrifier leurs idées ou leur liberté même pour vous, si d'aventure vous les aimiez. Ils feraient tout ou presque pour vous. Je pense que le petit ami de mon chagrin de ce soir ignore à côté de quoi il s'expose. La fois où elle a montré les marques de doigts sur son cou, séquelles d'une tentative de strangulation de sa part, j'étais prêt à envoyer le salopard au cimetière. Quand il m'arrive de le voir, si je fais bonne figure à chaque fois, j'ai une folle envie de lui défoncer la tête pour lui apprendre à respecter sa "bien-aimée".

En réalité, ce que je veux plus que tout, c'est savoir. Savoir si dans ce bizarre jeu de hasard qu'est la vie, le fait d'aimer et d'être aimé en retour m'est absolument interdit, s'il adviendra dans un an, cinq ans, dix ans ou demain. L'idée de patienter encore des années avant de voir la chose se réaliser ne me plait pas. Je ne suis pas patient, ou du moins, je ne le suis plus, au bout de dix années d'attente pour rien.
Si je me heurte à une barrière "Pas d'amour pour toi", je n'en serai pas heureux, bien sûr, mais j'apprendrai à vivre sans, à ne plus m'occuper l'esprit de pensées légères et romantiques dans lesquelles j'esquisse la scène où j'enlace tendrement celle que j'aime avant de l'embrasser. Je rendrai moi-même mon coeur aride et vide de sentiment et remplirai ce manque évident par autre chose. Rude tâche, mais pas impossible à réaliser une fois qu'on sait que quoiqu'il advienne, c'est aussi inéluctable que la mort elle-même.

Tu n'es pas vieux. Il reste de l'espoir. Ca t'arrivera dessus quand tu ne t'y attendras pas. Tout cela, c'e sont des mots, des phrases qu'on me rabâche depuis l'adolescence où, pour mon malheur, j'ai pris conscience à la fois de mon hétérosexualité et de mon aspect plus rébarbatif que la moyenne. Résultat des courses. J'ai 25 ans, je suis seul comme un chien, j'ai mal à en crever, et les choses n'ont pas évolué, et on continue à me bassiner les oreilles avec les mêmes conneries.
Je ne demande pas l'aumône, je demande juste que les femmes aient un peu plus de jugeote, qu'elles cessent de jouer les saint-bernard pour des connards qui ne sauront que leur faire du mal, de se montrer assistantes sociales pour des hommes qui n'en valent pas la peine. Revisez vos jugements, les critères selon lesquels vous accordez vos corps et vos âmes à des chiens qui s'en moquent et ouvrez les yeux sur les hommes qui vous sont proches. Sans devenir vos esclaves, ils sauront eux, vous servir, vous traiter comme vous le méritez vraiment.

Je suis l'un d'eux.

Mais ce soir, je suis si malheureux que je me demande sincérement si cela vaut la peine de continuer à espérer.

Par Sylvain Larue
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Vendredi 11 avril 2008 5 11 /04 /Avr /2008 17:25


Elle s'appelle Tilia et j'adore cette jeune femme. Je l'ai rencontrée dans ce casting improbable de chanteurs plus ou moins doués, "Nouvelle Star", diffusion en cours sur M6. Ne serait-ce qu'à cause de son look de femme chat aux cheveux teints en bleu, ou de ses hallucinants yeux d'azur, elle est remarquable. Si on ajoute la voix, le talent artistique et son grain de folie... Nous avons passé l'étape éprouvante des auditions parisiennes ensemble - bien qu'elle vienne de Provence ! - et, en compagnie d'autres allumés comme nous (je cite Vincent, Stéphanie, Malou, Kawthar, Alice....), nous avons eu le plaisir de nous retrouver au niveau du théâtre du Trianon, au sein des 140 retenus sur les 28.000 candidats du départ.

Un mauvais choix de chanson (euphémisme) et une angine naissante m'ont empêché de poursuivre plus avant que la première étape. Elle a franchi les trois épreuves, et elle est finalement arrivée parmi la vingtaine de derniers sélectionnés. Je ne sais les raisons exactes de son éviction. Peut-être trop originale pour ce style de programme ? Néanmoins, son talent et son allure l'ont fait voir à plus d'une reprise dans la diffusion des émissions, et cela a généré une vague de fans amplement méritée...

Gardant contact épistolairement avec elle, et suivant avec attention son parcours depuis, je suis tombé récemment sur un forum qui lui est tout spécialement consacré :
http://tilia.superforum.fr/index.htm , et j'ai appris qu'en raison de sa présence à Paris pour assister à l'émission et soutenir une autre candidate, Lucile, une rencontre était prévue mardi soir dans une ville proche de chez moi... Je m'y suis rendu : grande et apparemment joyeuse surprise de sa part ! Pendant près de trois heures, en compagnie d'une dizaine de fans, partageant tous un ou plusieurs points communs parmi les caractéristiques suivantes (vêtements noirs, tatouages, piercings, esprits loufoques, amateurs de l'humour des Nuls ou des Monty Python), notre demoiselle n'en revenait pas d'être l'objet de tant d'affection !
Le lendemain, mercredi, en début d'après-midi, rendez-vous avec Tilia gare de Lyon pour accueillir une autre amie candidate, Margaux, "la petite rockeuse" de Haute-Savoie plébiscitée par Philippe Manoeuvre. Plus jeune (19 ans), différente dans son style (plus blouson de cuir et jean), elle n'en est pas moins allumée que le chat bleu, et se balader dans le quartier de Montparnasse jusqu'à 17 heures en compagnie de ces charmantes et démentes personnes m'a procuré un immense plaisir (surtout en voyant les badauds ouvrir des yeux médusés en voyant ce duo infernal... ou ce trio, si j'ose m'inclure dans le lot). C'est à contre-coeur que j'ai du les quitter : n'ayant pas pris les devants, je ne m'étais pas inscrit pour assister à l'émission live du soir... Je vais m'appliquer à ne pas rater la prochaine venue de l'une ou de l'autre !



Je ne pense pas trop m'avancer en disant qu'on entendra parler de ces demoiselles encore quelques fois... Elles en valent la peine !

La semaine s'est passée calmement. Je me suis attaqué au volume consacré aux tueurs multiples que je dois rendre en juin prochain. Cette semaine, la tuerie de Caunes-Minervois et le massacre de Valensole n'ont plus eu de secrets pour moi.
Mercredi soir, au karaoké, Jocelyn et moi avons eu l'idée de refaire "Mauvaise foi nocturne", la parodie de Michaël Youn (alias Fatal Bazooka) et de Pascal Obispo (alias Vitoo) et visiblement, le résultat n'était pas dégueulasse puisqu'il a fait bien fait rire le public (ainsi que Jocelyn, qui a eu un mal fou à garder son sérieux tandis que je rappais à la Fatal).
J'ai retrouvé cet excellent Jocelyn hier soir, jeudi, soirée improvisée, restaurant gastronomique (La Ville Blanche, à Noisiel, un pur délice), discussions quasi-philosophiques sur la vie, les erreurs passées, les femmes (les aléas de nos vies respectives de célibataires) pour finir par son initiation au "Grand Détournement", un chef d'oeuvre d'absurde, label humour Canal + début années 90... Si vous ne connaissez pas, je vous conseille vivement de combler ce manque en le cherchant sur le Net, ce n'est pas bien difficile !

Mais sinon, pour parler culture, j'ai achevé voici une heure environ le dernier volume de Michel Folco, "Même le mal se fait bien", aux éditions Stock.



J'ai découvert Folco à cause de son premier roman, "Dieu et nous seuls pouvons", lequel racontait l'histoire d'une famille fictionnelle de bourreaux aveyronnais, les Pibrac (en fait, des péripéties qui ont conduit le premier de la lignée, Justinien, à devenir exécuteur en 1683, et les aventures d'Hippolyte, septième génération, après sa mise à la retraite anticipée en 1870)... Le ton est drôle, l'humour noir omniprésent, la précision historique impressionnante. En fait, c'est exactement ce genre d'ouvrage que je désire écrire à mon tour un jour.
Mais Michel Folco est passé à une autre famille : les Tricotin. Eux aussi aveyronnais (mais du village de Racleterre, voisin du village de Bellerocaille où vivent les Pibrac), les Tricotin ne sont pas piqués des vers. Le personnage principal des deux premiers volumes, "Un loup est un loup" et "En avant comme avant", se trouve être Charlemagne Tricotin. Dernier-né d'une fratrie de quintuplés sous Louis XV, il en est le représentant le plus hors-série. Son épopée, ses démelés avec la justice, son don qui lui permet de comprendre et d'être compris des animaux, son défaut accidentel d'élocution... et ce ne sont là que les éléments les moins importants de l'histoire !
Mais dans "Même le mal se fait bien", Charlemagne n'est plus, puisque la majorité de l'histoire se passe durant les premières années du XXe siècle, quand son petit-fils, Marcello, instituteur dans le Piémont, est sommé dans le testament paternel d'entreprendre une recherche généalogique décisive pour hériter de l'ensemble des biens familiaux...
Que dire ? C'est la suite logique des trois précédents livres. Le style, le caractère entier des personnages, les rebondissements nombreux (et vous n'imaginez pas encore à quel point)... Je l'ai acheté mardi soir, avant d'aller à la rencontre de Tilia, mais tout au plaisir de la revoir, j'ai laissé le livre sans trop y toucher jusqu'à aujourd'hui... Il m'a fallu trois bonnes heures pour le dévorer en riant régulièrement. Et au vu de quelques notes ça et là, je pense que Folco nous réserve un autre opus pour les années à venir.
Et s'il met du temps à le concocter, eh bien tant mieux : quand on voit le résultat, on se dit que la patience peut être récompensée !

En ce qui concerne Tilia :

http://tilia.weevers.free.fr/ : son site personnel
http://www.myspace.com/orph0enix : son Myspace
http://tilia.superforum.fr/index.htm : le forum créé par ses fans

Avis du site Lire sur "Même le mal se fait bien" :
http://www.lire.fr/critique.asp/idC=52115/idR=218/idG=3

Par Sylvain Larue
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Mardi 8 avril 2008 2 08 /04 /Avr /2008 02:06

Chronique d’un samedi qui ne démarre pas sous les meilleurs auspices. Aujourd’hui, dédicace à Franconville. Bien que celle-ci ne doit commencer qu’à 10 heures, la distance entre mon logis et l’hypermarché où elle se déroule est suffisamment importante pour m’obliger à me lever à 7 heures.

Bon joueur, je ne quitte mes draps qu’à 7 heures 25, après avoir poussé un grognement envers la sonnerie qui m’a défoncé les tympans une bonne centaine de fois. Tenue classique noire de la tête aux pieds, me voilà fin prêt pour affronter vents, marées et tempêtes… si seulement j’étais pêcheur au large de Quiberon. Le voyage en train est relativement long pour aller de l’Est au Nord-Ouest de la région. 20 minutes pour Nogent/Paris Gare du Nord, quinze minutes de flottement, puis une grosse demi-heure pour rejoindre la gare de Franconville. A cela, ajouter trente-cinq minutes de marche à pied pour rejoindre le centre commercial distant.

Et pourtant, malgré ce chemin et l’heure matinale, je suis d’excellente humeur. Le ciel est gris, l’air est tout juste frais, il tombe une bruine fine, et pour moi qui aime le temps pluvieux, c’est parfait. En chemin, une pâtisserie me tend les bras, et j’y achète deux pains au chocolat. Petit plaisir de la journée – le premier. Sublime rareté, que je n’ai pas eu l’occasion de trouver depuis de longs mois : les viennoiseries sortent du four, la pâte est moelleuse et le chocolat fond… Un petit délice sans prétentions, certes, mais délicieux.

Vingt minutes avant l’heure dite, me voilà à pied d’œuvre. L’accueil de la responsable librairie, Frédérique, est très sympathique. Il est dix heures du matin, mais il y a déjà du monde dans les rayons, ce qui est hallucinant. Ce qui l’est tout autant, c’est le nombre de volumes de mon livre en vente, et le fait qu’il y a au moins un exemplaire de chaque département que mes confrères, consoeurs ou moi-même avons traités… Edouard, notre représentant, a bien fait les choses !




Deux signatures la première heure, et donc pas mal de temps libre entre. J’observe les gens. Mon regard s’attarde sur une mère de famille, encore plutôt jeune, et ses cinq enfants. Elle ne cesse de les engueuler, et même à une caisse à 20 mètres de moi, je l’entends encore râler. Dois-je la plaindre parce que ses enfants la font tourner en bourrique ? Non, sûrement pas. Moi qui aimerais être père de trois enfants, je me dis que cinq, c’est trop, et que quand on a la sottise d’en faire autant, on doit assumer sans quémander la miséricorde d’autrui.

Sinon, je repère du coin de l’œil les chroniques de Guy Carlier (tiens, d'ailleurs, un natif du Val-d'Oise). Je m’empare du volume et commence à le lire avec plaisir. Je ris, parfois assez fort, car l’homme possède cet humour corrosif dont je raffole, même si je trouve qu’il va trop loin, ça et là. Cela donne :

« Ah ah ah… salaud… ah ah ah… »

Eh oui, force est de reconnaître que parfois, ses chroniques sont purement et simplement des critiques du monde qui l’entoure, surtout de l’univers culturel  actuel.

Allons, M. Carlier, les références qu’il vous arrive de citer, en particulier les philosophes de l’Antiquité ou de l’Ancien Régime, n’étaient que des perles noires, rares, si rares ! L’homme n’a jamais évolué, et à vous lire, je me rends bien compte que, même si j’ai la prétention de me dire écrivain, je ne reste qu’un con parmi tant d’autres.  Pire que d’autres, certainement.  Je m’abreuve de séries télé, d’émissions racoleuses, de chanteurs inutiles ! J’ai même participé à la Nouvelle Star et compte réitérer l’expérience, c’est vous dire !

Cela n’est que l’expression de mon avis personnel, mais je trouve affolante l’idée que l’homme passe la majeure partie de sa courte vie à travailler ou bien à se creuser l’esprit pour connaître les raisons de son existence. Nous sommes peu de choses, même quand nous avons des kilos en trop ! Ne vaut-il pas mieux profiter de ce laps de temps ? Se distraire, même si cela fait de nous d’irrémédiables cons ? Enfin, c’est ainsi que je conçois mon existence, et chaque vie ne concerne, à vrai dire, que son propriétaire.

La venue d'Anthony, mon meilleur ami et accessoirement éditeur n’a fait que rendre ma journée plus agréable : bonnes nouvelles concernant les ventes, les projets éditoriaux… Papote sympathique une majeure partie de l’après-midi. A 18 heures, avec 19 livres signés, c’est un bilan tout à fait correct.

Mais ma journée n’est pas terminée. Un rapide appel à un autre ami, Jocelyn, et rendez-vous est pris pour aller « karaoker » le soir-même dans une boîte de nuit de la banlieue de Meaux. Eh oui, que voulez-vous, c’est mon vice, probablement une autre preuve de ma connerie, mais j’aime ça !

Pourtant, ce n’est pas le nombre de chansons interprétées ce soir-là que je garderai en tête, mais une prise de conscience soudaine et terrible. Un groupe de garçons et de filles ont en effet, vers 1 heure du matin, investi la salle du karaoké et n’ont pas chanté moins de cinq morceaux. Quand je dis chanté, je devrais employer tout autre verbe synonyme de couiner, massacrer… Une horreur, et ils étaient contents d’eux ! De fait, tous les gens qui vont pousser la chansonnette en de pareils lieux n’ont pas le talent ou la voix de Caruso, mais là, c’était d’un niveau affligeant.

C’est alors que j’ai remarqué, sur le bras d’un de ces tortionnaires de tympans, un brassard avec le logo d’un oiseau noir : Tecktonik (je ne prendrai même pas la peine de vérifier si cela s'écrit comme cela ou pas, que messieurs les puristes me pardonnent).

 



Mais si, vous savez bien, cette série de convulsions aberrantes, à mi-chemin entre la crise d’épilepsie et les mouvements désordonnés de Claude François quand il changeait une ampoule dans sa salle de bains…

Voilà que non contents de nous casser les c…lles avec leur pseudo-danse, les représentants de cette clique de tarés viennent nous péter les oreilles ? Cela ne se peut ! Courage, fuyons ! Je fus pris alors d’une violente montée de haine, que j’allai exprimer à l’extérieur, dans l’endroit réservé au tabagisme actif qui se trouve être l’arrière de la discothèque. J’ai fait part de mes récriminations à Jocelyn, ce qui l’a rendu hilare, d’autant qu’à l’instant où je manifestais l’envie de faire avec un tecktonicien ce que je fais avec une tartine dans un bol de cacao (c'est-à-dire le prendre par les pieds et lui taper le crâne au fond du bol, ici le sol), voilà que trois d’entre eux viennent à leur tour faire le plein de nicotine tout en continuant leur grotesque pantomime…

Si ce n’est pas de la provocation ! J’ai su néanmoins tempérer mes ardeurs car attaquer un tecktonicien, c’est comme frapper un handicapé, une vieille dame ou un bébé, c’est s’attaquer à une personne plus faible et ce n’est pas politiquement correct.

L’heure de la vengeance sonna toutefois vers 4 heures 30 ; en quittant la boîte, Jocelyn eut l’excellente idée de baisser la vitre côté passager pour que je hurle un retentissant « Ni ! » (les amateurs de Monty Python comprendront) sur un tecktonicien qui rentrait à pied et qui a fait un bon de cabri sur le côté en croyant être la cible d’une attaque terroriste.

Donc, un conseil pour faire déguerpir tout fâcheux, approchez-vous à distance raisonnable et beuglez « Ni ! ». Sinon, citez une phrase du groupe Magma, cela peut faire son effet aussi, mais c’est une toute autre histoire.

Par Sylvain Larue
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