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Sur mon écran de télé, l’image d’un 4X4 roulant en pleine forêt demeure fixe. Le film est sur pause. Je le découvre. Il s’agit du dernier (2009) Vendredi 13.
Voilà environ 25 minutes que je le regarde, déjà cinq personnes sont mortes de façon horrible, provoquant en moi frissons de peur et frissons de délice mêlés. Eh oui, je suis, à ce niveau, définitivement irrécupérable. Aux autres niveaux aussi, d’ailleurs. Le temps passe et je constate que beaucoup de choses ne changent pas en moi, et ne sont pas prêtes de changer. Nul ne guérit de son enfance, ni de son adolescence, ni d’aucune période de sa vie, puisqu’au final, on ne guérit pas de sa vieillesse… On en meurt. Quand je repasse le film de ma banale existence d’humain moyen, je constate parfois des surprises, des éléments oubliés depuis longtemps qui reviennent à la surface. Bulles de souvenirs jaillies du creux de ma mémoire. Evidemment, les abysses du passé demeurent souvent insondables. J’imagine mal me rappeler dans le détail ce qu’il advint le 25 mai 1989 du réveil au coucher. Je pense que c’est votre cas également (surtout si vous êtes nés après cette date).
Il fut un temps, je croyais et j’aurais soutenu de tout mon cœur que mon goût pour le macabre était né après mon dixième anniversaire, en même temps que les traumatismes scolaires du collège dont j’ai hélas trop souvent parlé. A ma stupéfaction, je constate que non. Non. Ce plaisir sadique, cette délectation pour l’horreur est plus ancienne.
Je me souviens d’un atelier de masques en terre cuite, ou en pâte à sel, je ne sais plus. J’étais à l’école Paul Bert. CM1, je dirais, ce qui situe la classe en 1990-1991. Les modèles choisis par mes camarades étaient normaux. Je ne sais plus ce qu’ils étaient exactement, mais du moins, ils reflétaient le choix classique d’enfants de neuf ans. Moi qui en avais huit, j’ai ramené un magazine de cinéma fantastique – où l’avais-je trouvé ? –sur lequel, en couverture, il y avait un homme chapeauté, portant un pull rayé, le visage atrocement brûlé, et un gant agrémenté de lames de couteau au bout des doigts. Oui, pour cet atelier – qui devait donner lieu à un petit bal masqué -, j’avais à huit ans choisi d’être… Freddy Krueger. Maman, un soir, revint de Toulouse où elle était s’était rendue, bravant les embouteillages, après le travail, avec l’accessoire qui tue ( le mot est juste) : la réplique du gant de Freddy. Pour le pull rayé, bien sûr, il ne fallait pas exagérer. Le jour J, j’ai mis le chandail le plus « ressemblant » qui soit que j’avais dans mes tiroirs, enfilé le masque, lourd, lourd, mal fait, horrible, et j’ai dansé une ronde absolument ridicule devant des parents qui ont certainement eu un haut-le-cœur en voyant Pierrot et un chat masque danser avec un serial killer…
Je me souviens de l’année 1991, qui fut celle du premier changement d’existence. Pendant que le couple Rossi-Larue se disloquait, moi, je découvrais Canal + en compagnie de mon futur demi-frère (par alliance) Lionel. Son père enregistrait les films d’épouvante du mois, et les deux gamins que nous étions les regardaient avec délectation, parfois sous surveillance (et pourtant ce n’était pas du tout le genre de cinéma apprécié par nos parents respectifs ! Certains longs-métrages étaient proprement nuls – encore que, rétrospectivement… – mais ces séances d’horreur font partie des éléments agréables de cette période riche en tourments.
Je me souviens de mon arrivée à Apt, du seul et unique magasin vidéo qui existait là-bas à l’époque. C’était fin août 1992. Les tarifs en étaient outrageusement élevés, ou plutôt la caution (je crois 500 francs, pas moins). Mon père, qui savourait l’existence de son magnétoscope personnel depuis huit mois à peine, décida que ces voleurs n’auraient pas notre clientèle. Il s’arrangea donc pour agrémenter sa vidéothèque de façon régulière, le plus souvent quand nous allions ensemble à Avignon le week-end, et malgré mon tempérament réticent, j’eus le plaisir de découvrir bien des films en sa compagnie. Oui, j’ai pris plaisir au visionnage de longs-métrages avec mon père (et c’est encore le cas), et j’ai pris plaisir à aller à des concerts avec ma mère. L’adulte que je suis devenu se doit de reconnaître que ses parents sont des gens hautement fréquentables, mais également qu’ils sont, outre mes créateurs, des amis de choix. En 1993, après une dizaine de mois de tortures au collège, j’eus le plaisir de trouver, au centre-ville, un nouveau magasin vidéo, petit mais bien fourni, qui fit mon bonheur de façon régulière. Hebdomadairement, pendant les trois ans qui suivirent, j’allais rendre visite à ces lieux le mercredi matin. C’était une halte obligatoire, avec le magasin de jouets et celui de déguisements de la ville, pour mes promenades de mi-semaine. Et que louais-je ? Des films d’horreur, bien évidemment.
Evidemment, j’avais mes préférés. Halloween 4 et 5 sont passés et repassés maintes fois sur le magnétoscope paternel. A cela, deux bonnes raisons. La première, c’est la fascination que j’éprouvais – et que j’éprouve toujours – pour le personnage du tueur, l’impressionnant Michael Myers.
Imposant physiquement (de plus en plus grand au fur et à mesure des films), sans émotion humaine, le visage caché par ce terrible masque blanc qui, j’ai pu le constater, met profondément mal à l’aise ceux qui le voient… La fascination pour la mort brute, sans fioritures, naissait déjà en moi. Et puis surtout, deuxième raison, il y avait les victimes… Des adolescents (enfin, pas les acteurs, mais les rôles). Le même genre que je côtoyais tous les jours. Le même genre qui me faisait souffrir. Oui, depuis ce temps-là, et ce pour encore bien des années, c’est vraiment le « slasher movie » qui conservera ma préférence. Vendredi 13, Scream, Imagine l’hiver prochain (euh, non…), Urban Legend, Douce nuit sanglante nuit, Black Christmas, Mortelle Saint-Valentin, etc… Toujours le même principe, toujours le même désir. Je me voyais dans la peau du tueur.
Ne mentez pas. On a tous éprouvé une fois ou l’autre le désir de tuer quelqu’un. Le sentiment est plus ou moins fort, selon les sensibilités et les traumatismes subis. Il m’a fallu trop de temps pour comprendre que, pour la plupart, on a tous vécu des expériences douloureuses dans la jeunesse. Mais toutes les victimes ne réagissent pas de la même façon. Certains finissent par se suicider pour ne pas continuer à pleurer. D’autres survivent, quelque chose de cassé au fond d’eux, irréparable, et mènent une existence définitivement vouée à l’invisibilité. On ne fait pas souffrir ce qu’on ne remarque pas, n’est-ce pas ? D’autres surmontent, dominent, se vengent de leur passé en devenant les meilleurs, presque intouchables, et en espérant pouvoir un jour étaler leur réussite au nez de ceux qui les ont mutilés. Tel est mon objectif actuel. J’aurais du me décider de le faire il y a bien longtemps. Mais à l’époque…
Moi, dans mes rêves, j’étais Michael Myers, j’étais une machine à tuer impossible à arrêter, faite pour massacrer à coups de couteau de boucher. Une façon de m’extirper mentalement de mon apathie, puisque je ne réagissais jamais vraiment aux attaques. Je pleurais, je hurlais, j’essayais de me plaindre, j’usais de la parole et du sarcasme ( ce qui me valait des horions supplémentaires). Jamais je n’ai frappé. C’est peut-être un bien. Si j’avais pris vraiment goût au sang à l’époque, je ne sais pas où cela m’aurait mené. Peut-être au passage à l’acte. Mais inutile d’épiloguer sur ce qu’il n’est point advenu. Je n’ai tué personne. J’ai déprimé. J’ai été épaulé. Je m’en suis sorti. J’ai une vie qui me plaît, que je veux rendre toujours meilleure, et voilà. Je suis probablement moins facilement choqué que d’autres par certains sujets particulièrement glauques, morbides (encore qu’il existe pire que moi : la vision de Saw me dérange profondément, quand certains de mes amis en rient).
Donc, depuis des années, le slasher occupe une part privilégiée dans l’éventail de mon sadisme. Petit sadisme, puisqu’il n’oblige à rien commettre soi-même. Mais satisfaction éhontée face à ces grappes de gosses, obsédés et stupides, qui n’ont d’autre but que de finir en chair à pâté sous la lame d’une tronçonneuse ou celle d’une machette tenue par un psychopathe masqué.
Philosopher en regardant Vendredi 13, le croirez-vous ? Trois pensées me viennent à l’esprit. Primo, les acteurs ont désormais mon âge, ou sont plus jeunes d’une décennie parfois… Coup de vieux supplémentaire, mais je souris en écrivant ces lignes, preuve que je ne suis pas encore un croûton. Secundo, je ne prêtais pas assez attention aux victimes féminines, avant. J'avais tort. Peut-être étaient-elles moins à mon goût ? Peut-être ai-je découvert le genre avant d'avoir l'âge requis pour m’intéresser à l’anatomie des femmes ? Car il ne faut pas omettre ce détail. Les slashers sont des films destinés aux adolescents et aux jeunes adultes, et les producteurs, réalisateurs et scénaristes qui s’y collent ne sont pas aveugles, ils savent très bien le cocktail qui va plaire à leur public-type. Ou du moins la base, qui reste immanquablement la même : du sang, et un peu de sexe. Ici, trois filles ont déjà retiré le haut, et il faut le dire, elles ont toutes de fort beaux seins (je les préfère un poil plus imposants, mais j’ai le phantasme bathycolpien…). Cela ne fait qu’ajouter à l’agrément de ces films. Je cite, pour ma part, Katherine Heigl, Rose McGowan, Jennifer Love Hewitt, comme ayant hautement contribué à l’intérêt déjà grand que je portais aux slasher movies. Dans la série "busty chicks in splatter flicks", le dernier Piranha avait fait très fort. Si un jour, je vois dans un film d'horreur Christina Hendricks ou Kat Dennings (surtout elle, mais j'en parlerai un jour où l'autre dans un article spécial)... Ah là là là là ! Elles sont pas votre genre ? Moi, si. Laissez-moi rêver.
Tertio, on évoque souvent les films de serial killers comme étant peuplés de stéréotypes. Le nerd qui n’ose pas aborder les filles, le beau gosse connard de service (ou son homologue féminin), la dernière survivante, la paumée, la cochonne, le drogué, l’alcoolo, le bouseux du coin… Mais, ô braves gens, regardez le monde qui vous entoure, et je ne parle pas de vos proches spécialement. Vous donnez-vous la peine de psychanalyser l’intégralité des gens que vous croisez dans votre vie ? Certainement, ils ont plusieurs facettes, plusieurs niveaux, c’est possible. Mais en surface ? Ils SONT les stéréotypes ! Et souvent, les stéréotypes avec les défauts les plus détestables possible… Tant et si bien qu’en regardant un slasher, on peut très bien mettre un visage ou le nom d’une personne qu’on connaît sur telle ou telle victime. Et ainsi se régaler de leur mort abominable, avec force jets de sang et si possible, dans le cas où le futur cadavre s’est montré haïssable à chaque seconde de présence sur l’écran, tortures préalables dont on espérerait qu’elles les poussent à une rédemption de dernière minute. Vain espoir : même quand on les empale à coups de fourche, les cons meurent cons. Comme dans la vie. Et c’est bien fait pour eux.
Si je regarde dans mon entourage pour tourner dans un film d’horreur, y’a pas de souci, j’ai les acteurs pour les rôles suivants (et allez, encore une liste) :
- Des cruches, filles pas trop laides, mais pas trop intelligentes non plus. Fades. Victimes dès le début, souvent en pleine prestation radadesque.
- La belle blonde à grande gueule, pas bimbo mais trop brute dans ses avis.
- La belle brune (c’est mon film ou non ?) qui fait saliver les mecs. Pas une salope, oh non, loin de là, mais libre de son corps et de ses envies.
- Le gars à la picole facile, gentil mais prompt à l’embrouille quand il est schlass, et sa chérie qui se fait engueuler chaque fois qu’elle essaye de le tempérer.
- L’alcoolo moins exagéré, celui qui a le vin joyeux et la blague facile. Tueur potentiel.
- Le stoner, joint à la bouche, pas forcément fan de Bob Marley (parce que sinon, il meurt dans les trois premières minutes… Non, j’aime pas le reggae.)
- La fille au cœur d’artichaut, toute douce, trop sûrement pour ce genre d’histoires. Au choix, elle finit dernière survivante, ou meurt très vite.
- Le frère ou la sœur d’un des personnages les plus softs, le même genre de caractère, un peu plus fougueux aussi, et qui survit souvent jusqu’aux dix dernières minutes.
- La nympho, peut-être pas canon, mais très apte à calmer les acteurs en manque de sexe (ou atteints de priapisme).
- La gamine insupportable de prétention et dont on pense à la mort prochaine avec délectation.
- Le bon gars avec très mauvais caractère, qui tente d’intimider le tueur et ça finit mal. Pour lui.
- L’artiste en devenir, bon gars lui aussi, mais dont le style n’est pas au goût du tueur. Finit au choix avec un pinceau planté dans l’œil (s’il est peintre), étranglé avec la sangle de sa caméra (s’il est réalisateur), égorgé avec son propre CD (s’il est musicien).
- Le sportif, ou bien le costaud, très costaud même, qui fout une raclée au tueur mais finit quand même éventré.
- Le nase de service et le connard de service (tous sexes confondus), on en connaît tous un peu trop. Patron désagréable, connaissance méprisable et agressive, dragueur de base jouant à « Qui veut se faire casser l’oignon » avec toutes les actrices du film, mythomane toujours prêt à mentir sur ses prouesses (quelles qu’elles soient)… Là, ils meurent, et une fois encore, on jubile.
- Le geek, passionné par un sujet complètement bizarre, et à la vie sexuelle proche du zéro absolu. Tueur potentiel.
- L’autorité adulte nocive. Un méchant bougre, flic sévère et borné, ou docteur obstiné d’un des jeunes, ou père abusif et violent. Là aussi, leur fin cause un plaisir intense.
- Les incolores. Ils n’ont rien de bien marquant, rien d’exceptionnels. Ils font des victimes parfaites, sauf qu’on se fout de leur mort – si ce n’est dans le détail technique – tout autant que de leur existence.
Souvent, ils vont par couple. Je vous laisse faire les associations. La sexualité qui leur est propre n’est pas à prendre en ligne de compte. Gay, bi ou hétéro, même combat, tous les rôles leur sont offerts. A varier, cependant, pour jouer la carte de l’innovation.
Tout ça pour dire que, alors que je vais relancer le film – mis sur pause depuis une éternité -, les films d’épouvante sont partie intégrante de ma vie. Comme les affaires criminelles. Comme l’humour absurde. Comme la musique.
D’ailleurs, il me semble qu’une scène de lit se prépare. C'est-à-dire une mort imminente pour les fornicateurs. Car c’est une règle à ne pas enfreindre si on tient à survivre. L’abstinence fait fuir les tueurs réactionnaires. Le crac-boum-hue, le vin et le pétard les attire.
C’est comme si je vous disais « Je reviens tout de suite », mon sort serait impitoyablement scellé.
Oh merde. Je l’ai dit.
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